Au service du bien-être animal

Originaire de Versailles, ce qui lui a permis de visiter souvent les vestiges de la ménagerie installée dans le parc du château, Marie-Claude Bomsel tient de ses parents un goût précoce pour la nature. Sa mère comme son père – un marchand d’articles de sport féru d’art contemporain – étaient des écologistes avant l’heure : camping, nuits à la belle étoile dans la forêt de Fontainebleau, bains en hiver dans la Marne, végétarisme, escalade, plus tard descente des rivières d’Allemagne en canoë, telles sont quelques-unes des activités, en sus du sport (basket, volley et natation), qu’elle eut l’occasion de pratiquer dès son enfance. Lorsqu’elle décide de devenir vétérinaire, on le lui déconseille : physique et salissant, ce n’est pas un métier de fille. C’était compter sans son entêtement – de son propre aveu, la marque de son caractère. À sa sortie de l’école de Maisons-Alfort, après une expérience en demi-teinte comme vétérinaire de campagne, Marie-Claude Bomsel assouvit son désir d’Afrique avant de revenir en France, au zoo de Vincennes puis à la ménagerie du Jardin des Plantes – son Trianon. Depuis trente ans, au milieu de bêtes dont elle connaît chaque histoire et chaque caractère, cette spécialiste d’éthologie y mène des actions multiples en faveur du bien-être animal, et travaille à créer de fructueux échanges entre les zoos du monde entier. Face à l’ignorance qu’elle constate trop souvent au sujet du règne animal – une ignorance source de malentendus qui conduisent à l’asservissement et à la dénaturation des bêtes – cette passionaria de la cause animale plaide pour les sciences naturelles, convaincue que c’est par la connaissance que commence le respect.


Quel est votre parcours ? Où vous ont menée vos missions ?


J’ai d’abord voulu être vétérinaire de campagne, ce que m’a permis un stage en milieu rural au cours de ma troisième année à l’École vétérinaire de Maisons-Alfort. Je me suis alors rendu compte que je ne me faisais pas une idée exacte de la campagne ; je connaissais la ville et la pleine nature, mais mon activité en Champagne m’a fait découvrir un autre environnement, d’abord réticent vis-à-vis d’une femme, et bien éloigné de ce que j’avais imaginé. Je travaillais pour des élevages mi-artisanaux mi-intensifs, en stabulation libre, dans lesquels il fallait faire beaucoup de prophylaxie ; j’ai reçu énormément de coups de la part des bêtes, notamment lors des vêlages, très durs, parfois au milieu de la nuit. Mais ce sont les petits coups que l’on m’invitait à boire ensuite dans chaque ferme qui m’ont le plus amochée !
Après une assez brève expérience en « canine », je suis partie en Afrique – vous voyez que j’étais attirée par tous les clichés véhiculés par la profession – avec mon mari, un vétérinaire spécialisé dans les maladies exotiques. Je me suis retrouvée en Centrafrique, à l’époque de Bokassa ; je travaillais en brousse, auprès des Peuls, et m’occupais notamment du déparasitage des troupeaux de bovidés. Il fallait marcher des heures durant, ce qui me permettait d’observer par ailleurs la faune sauvage. Six mois après notre arrivée, Bokassa a expulsé les étrangers, et nous avons été contraints de partir. Nous voulions retourner en Afrique, mais mon mari a été mordu par une vache tuberculeuse et nous avons dû rester en France le temps qu’il se soigne. J’avais encore l’idée de repartir quand je suis arrivée en stage au zoo de Vincennes, mais j’y suis restée, et voilà maintenant trente ans que je travaille à la ménagerie du Jardin des Plantes, dont j’aime l’architecture, l’histoire, le zoo aussi bien humain qu’animal qui la peuple. Cet endroit rassemble mes idéaux : la campagne dans Paris, les animaux exotiques, un côté Trianon.
Après avoir dirigé la ménagerie, je suis aujourd’hui, au sein du département des parcs botaniques et zoologiques, professeur au Muséum national d’histoire naturelle. Par ailleurs, je suis toujours en relation avec le vétérinaire-clinicien à la ménagerie, et je m’intéresse particulièrement au bien-être des animaux captifs, ce qui concerne autant leurs besoins nutritifs et comportementaux que l’enrichissement de leur milieu (grâce à des agrès, des plateformes, des hamacs). À ce titre, j’ai complété ma formation par un diplôme de psychophysiologie et d’écologie. La ménagerie fait partie de l’EAZA, l’Union européenne des parcs zoologiques, une institution dans laquelle l’action du Muséum a été pionnière : il s’agit de grouper les animaux en fonction de plans d’élevage internationaux ; c’est ce qu’on appelle la conservation ex situ, hors du milieu. Les animaux sont identifiés – hier par tatouage, aujourd’hui grâce à une puce électronique –, chaque espèce est suivie par un comité et répartie en fonction des besoins des zoos, des programmes génétiques, etc., ce qui permet une harmonisation et une codification des critères du bien-être animal.

À quand remonte la ménagerie du Jardin des Plantes ? Quelles espèces et combien d’animaux compte-t-elle ? Combien de personnes y travaillent ?


La ménagerie elle-même a été créée en 1794, un an après le décret par lequel la Révolution donnait une existence juridique au Muséum national d’histoire naturelle, héritier du Jardin royal des plantes médicinales fondé par Louis XIII en 1635, et transformé par Buffon au XVIIIe siècle en un grand établissement scientifique. Les premiers animaux qui la peuplèrent venaient de la ménagerie royale de Versailles, de celle du duc d’Orléans ainsi que de la saisie des bêtes des forains, à qui on interdisait désormais de produire des spectacles animaliers dans la rue.
La ménagerie du Jardin des Plantes est le plus ancien zoo du monde qui ait presque intégralement conservé son architecture d’origine. La construction des bâtiments s’est échelonnée de la fin du XVIIIe à la fin du XIXe siècle, sauf la singerie et la fauverie, qui datent des années 1930. Paradoxalement, ce n’est qu’au début du XXe siècle qu’est arrivé le « barreaudage », qui a remplacé les jolies barrières en bois d’origine par des grilles affreuses. Nous avons fait un travail important sur ce point au cours des dernières décennies : décloisonnement, remplacement des grillages par des vitres, réfection des toits de chaume, aménagement de cabanes, restauration de la grande volière, plantation de gazon ; nous avons cherché à « paysager » le parc – avec toutes les contraintes qu’implique un site classé monument historique –, à la fois pour le confort visuel des visiteurs et avec le souci du bien-être des animaux. J’ai connu, à mon arrivée, une forte mortalité des bêtes ; aujourd’hui, à « la paille des cachots » se sont substitués jeux et verdure. Malheureusement, beaucoup de promesses financières n’ont guère été tenues, et notre budget de fonctionnement est toujours insuffisant.
La ménagerie est, avec le parc de Vincennes, celui de Clères, près de Rouen, enfin l’espace animalier de la Haute-Touche, dans l’Indre, l’un des quatre parcs zoologiques placés sous l’égide du Muséum national d’histoire naturelle. C’est un zoo petit – 4,5 hectares – mais riche : il comprend environ un millier d’animaux, dont deux cent cinquante mammifères de cinquante-cinq espèces différentes, quatre cents oiseaux représentant quatre-vingt-dix espèces, deux cent soixante-dix reptiles d’une cinquantaine d’espèces ; nous avons aussi quatre ou cinq espèces d’amphibiens, sans compter les insectes – les araignées par exemple. Plus de soixante personnes travaillent à la ménagerie, dont environ trente soigneurs, deux vétérinaires et cinq personnes chargées de la partie importante que constituent la pédagogie et la muséologie.

La ménagerie est-elle un lieu d’étude ou de conservation des espèces ?


C’est surtout un lieu de conservation, car le peu de temps que les tâches administratives laissent aux scientifiques les condamne à être davantage des techniciens que des chercheurs. Nous avons plusieurs espèces vraiment remarquables à la ménagerie. Certaines d’entre elles sont particulièrement aimées du public, comme les tortues des Seychelles, les orangs-outans et les panthères, mais d’autres, pourtant tout aussi rares, n’ont pas la même faveur : c’est le cas d’espèces limicoles, des oiseaux de rivage, des rapaces (de l’Himalaya et de Pondichéry), des caprins (les bharal, les turs) ou du cheval de Prjevalski. La gestion d’une ménagerie impose la difficile conciliation des deux aspects essentiels que sont la satisfaction du public, qui a des préférences très tranchées pour certains animaux, et la préservation d’espèces peu connues mais non moins intéressantes. C’est pourquoi nous organisons souvent des échanges, des permutations avec d’autres sites : ainsi, nos bisons sont partis à Azay-le-Ferron et ont été remplacés par des gaurs (bœufs sauvages originaires d’Inde et de Malaisie), les ours, « malheureux » à Paris, ont été installés à Thoiry, etc.

Avez-vous des relations individuelles avec les animaux de la ménagerie ? Des favoris ? Des « bêtes noires » ?


Les animaux les plus proches de nous me fascinent : ainsi des orangs-outans, sur le comportement desquels j’ai mené des recherches. On peut dire que j’ai une relation individuelle, ou plutôt que je partage une communauté de vie avec Nénette, une femelle qui est arrivée au Jardin des Plantes en même temps que moi : je l’ai eue bébé dans les bras, j’ai connu son premier mari, Toto, j’ai vu naître ses quatre petits… J’aimais aussi beaucoup les ours, mais je suis contente qu’ils soient partis, car ils étaient mal installés ici. Mon fantasme personnel me porte par ailleurs vers les cabiais, ces gros cochons d’Inde de 60 kilos originaires du Brésil. De manière générale, j’adore les rongeurs, et ils me le rendent bien, puisque j’ai chez moi un cochon d’Inde qui me courtise, bien qu’il me trouve un peu grosse… J’aime l’idée d’un être occupé à ronger quelque chose ; c’est mieux que de chercher à exterminer ses congénères. Petite, j’aurais voulu avoir des ours ; comme ce n’était pas possible, je me suis rabattue sur les lapins ; j’ai une prédilection pour les maras, des lièvres de la pampa.
Sinon, le baudet de la ménagerie est fou de moi. Il brait quand je passe dans les allées : on a l’amoureux qu’on mérite ! Le fils de Nénette, lui, s’approche pour m’embrasser. En revanche, les lamas me détestent, ils se précipitent du fond de leur enclos pour me cracher dessus ; une mère notamment me poursuivait d’une haine tenace depuis que je l’avais vaccinée. De manière générale, le vétérinaire n’est pas apprécié des bêtes : il est perçu comme un tortionnaire.
Cela dit, même si nous avons nos préférences, nous essayons d’avoir le moins possible de rapports avec les animaux : nous sommes là pour les conserver et préserver en eux, autant que faire se peut dans les conditions de la captivité, leur comportement naturel. Nous avons fait quelques erreurs dans le passé, notamment en élevant à la main, en nurserie, plusieurs animaux – ours, tigres, maras, cigognes : c’était parfait sur le plan physique, mais désastreux sur le plan psychologique, car ils devenaient « imprégnés », ce qui rendait problématique leur réinsertion dans leur biotope. Une cigogne notamment craquetait dès qu’elle m’apercevait mais négligeait complètement ses congénères. Maintenant, nous faisons en sorte que ces animaux élèvent seuls leurs petits.

Dans La Vie rêvée des bêtes, vous dites que nos rapports avec les animaux, sauvages ou domestiques, sont souvent fondés sur des malentendus.


Oui, il y a aujourd’hui un malentendu entre les hommes et les animaux, notamment les animaux domestiques. Les gens ne veulent pas admettre qu’ils ont introduit un loup dans leur bergerie personnelle, ils ne comprennent pas que leur chihuahua est encore loup, et qu’il devient d’autant plus hargneux qu’on ne respecte pas son comportement. C’est la même chose pour le chat : on installe un lynx chez soi et on s’étonne qu’il fasse ses griffes et pisse partout ; alors on castre, on mutile en toute bonne conscience. Et on s’apitoie par ailleurs sur le sort des bêtes de zoos… Selon moi, le zoo est un pis-aller pour beaucoup d’espèces, alors qu’on « martyrise » par ignorance en toute quiétude des animaux domestiques qui restent pourtant à part entière des animaux. Beaucoup de gens ont oublié cette évidence : l’animal reste toujours animal. Sur ce plan, le chien est sans doute plus malheureux que le chat, car, plus social, il a davantage besoin de son maître, et, parce qu’il répond mieux aux sollicitations, peut mieux compenser les besoins affectifs des gens, il est plus asservi. Du coup, lorsqu’il est abandonné ou simplement négligé, il souffre davantage.
À cela s’ajoute l’utilisation abjecte des animaux de consommation, réduits à leur stricte rentabilité, qu’on découpe en tranches dans l’indifférence générale, qu’on déclare, en fonction des intérêts économiques, atteints de maladies, et qu’on tue par milliers. Combien de vaches, de cochons et de poulets sont ainsi réduits à l’état d’objets, de simple nourriture, tandis qu’on tricote de jolis chapeaux pour des chiens à qui on a coupé les oreilles, si bien qu’ils ne peuvent plus les dresser et communiquer avec leurs congénères ?
L’erreur majeure qui se commet en France, c’est qu’on y a l’obsession de la génétique aux dépens des « sciences naturelles ». Les gens ont perdu les notions les plus élémentaires sur ce point ; en témoignent les inepties que j’entends tous les jours à la ménagerie, les « un coq sert à chanter », les « viens voir le gorille » lancés devant l’orang-outan ; je me souviens du discours qu’un père tenait à ses enfants en face de phoques à qui nous avions posé des pansements bleus à cause de problèmes aux yeux : il expliquait qu’il est bien connu qu’en période de rut, ces animaux développent des taches bleues sur la tête… Cette méconnaissance affligeante du monde animal se traduit aussi par des réactions inappropriées face au comportement des bêtes : des visiteurs sont horrifiés de voir les rapaces manger des cochons d’Inde, même déjà morts. Ils voudraient sans doute qu’ils deviennent végétariens ?

Peut-on parler d’un bon et d’un mauvais anthropomorphisme ?


Ne nous leurrons pas : il vaut mieux être chat ou chien dans une bonne maison qu’enfant au Sahel – à ce sujet, je suis contre la caricature qui voudrait que l’affection portée aux animaux se fasse aux dépens de l’intérêt que l’on porte au genre humain ; je pense que c’est complètement faux, et qu’il n’y a aucun lien entre le goût pour les animaux de compagnie et la faim dans le monde. Même si les excès sont ridicules, tels les restaurants pour chiens à New York, cela vaut mieux que les mauvais traitements : c’est l’effet positif de l’anthropomorphisme.
En revanche, lorsqu’il a pour conséquence la modification des espèces en vue du simple agrément des humains au mépris des spécificités du monde animal, l’anthropomorphisme est terriblement néfaste : je pense aux bêtes gênées par les parfums dont on les asperge, aux chiens trop trafiqués, que leurs oreilles et poils tombants empêchent d’entendre correctement, au teckel au corps anormalement allongé, au pitbull transformé en chien de guerre, au chat nu, constamment menacé par des maladies de peau, au persan que ses longs poils gênent pour escalader les arbres et que son nez aplati empêche de humer les odeurs… Je suis scandalisée par la mode des « nouveaux animaux de compagnie », ces gerbilles, singes et serpents importés des pays exotiques pour satisfaire un vain désir de prestige social, ces crocodiles qu’on exhibe dans les soirées mondaines avant – car cela existe – de les abandonner dans les égouts.

Qu’est-ce que l’éthologie cognitive ?


On pourrait la définir comme l’appréhension du monde animal à travers les sens de l’animal lui-même, codifiée sous forme de système, ou, plus simplement, comme l’étude du comportement animal. C’est une science « molle », initiée par Konrad Lorenz, et qui possède différentes écoles. Certains éthologues, Boris Cyrulnik par exemple, mettent en parallèle la psychologie humaine et le monde animal ; d’autres, dont je fais partie, étudient l’éthologie rationnelle ou appliquée, une biologie pragmatique qui s’intéresse aux comportements animaliers en vue d’optimiser les possibilités qu’offre la captivité, et qui permet de prendre en compte des données issues du monde naturel en vue de la réintroduction des animaux dans la nature. Mais une nature, il faut le savoir, qui devient elle-même de plus en plus artificielle. Paradoxalement, l’expérience du zoo est alors bénéfique : par exemple, on peut regretter que les orangs-outans de la ménagerie soient devenus trop « terrestres », alors qu’il s’agit à l’origine d’une espèce arboricole ; l’aptitude à la marche développée en captivité leur sera pourtant utile dans les forêts de leur réintroduction éventuelle, secondaires et en partie défrichées.
L’éthologie appliquée, c’est aussi la capacité à traiter le cas d’un individu en particulier : si je remarque qu’un animal est déprimé, je vais réunir les soigneurs, l’observer, voir comment il réagit à ses congénères, peut-être changer son milieu, le nourrir plusieurs fois par jour, lui procurer la compagnie de jeunes ou de femelles, éventuellement lui administrer des psychotropes. Cette ultime solution s’est ainsi révélée nécessaire pour une femelle orang-outan qui s’était trouvée isolée, exclue d’un groupe très structuré. En somme, le pragmatisme est fondamental ; dans ce métier, il ne suffit pas d’être théoricien, il faut aussi être clinicien. La ménagerie est comme toute société : certains individus sont satisfaits, d’autres moins, et seule une surveillance constante permet de repérer ce mal-être et d’y apporter une réponse adaptée.

Dans Le Dépit du gorille amoureux et Questions d’amour, vous écrivez que le comportement animal n’est pas seulement régi par l’instinct.


Les bêtes sont capables d’émotions ; de sentiments, plus complexes, c’est difficile à dire. Leurs émotions sont nombreuses, parfois violentes (comme la jalousie), mais pas construites de façon logique – si tant est que les nôtres le soient. Il s’agit davantage de pulsions. L’une des manifestations de sensibilité les plus fortes et frappantes que j’aie notées, c’est l’instinct maternel. La fameuse Nénette en a montré un exemple remarquable : elle a élevé tous ses petits, même le premier, fait rare chez les primipares. Il existe une constance dans la transmission ; dans la nature, certains animaux élèvent leurs petits sans les quitter pendant deux ans, un véritable dévouement que nous avons perdu, nous qui laissons nos enfants brailler dans des berceaux. La perte de cet instinct maternel chez un animal est presque toujours le signe d’un syndrome de mal-être, sauf dans le cas d’une première portée : beaucoup de fauves abandonnent alors leurs petits, souvent parce qu’ils ont été dérangés.
Quant aux témoignages d’affection que nous portent, à nous les humains, certains animaux, ils procèdent davantage de la complicité que d’un sentiment à proprement parler.

Quels animaux vous semblent aujourd’hui les plus menacés dans le monde ? Vous sentez-vous investie d’un rôle pédagogique à ce sujet ?


L’opinion publique est consciente de la menace qui pèse sur les grands singes, les éléphants, les pandas, les guépards, le cheval de Prjevalski. Moi je pense surtout aux animaux qui sont menacés simplement parce qu’on ne les connaît pas et qu’on n’aura pas le temps de les connaître ; ils sont plus nombreux qu’on ne croit : beaucoup d’oiseaux, des batraciens également.
En ce qui concerne la défense de la cause animale, seule la pédagogie sur le long terme est efficace. J’essaie pour ma part modestement, dans les chroniques régulières que j’anime au cours d’une émission de télévision grand public (« C’est au programme » sur France 2), de faire comprendre certains enjeux, de présenter des questions peu connues. Sur le plan personnel, cette expérience est instructive : je suis arrivée à la télévision par hasard, sans goût particulier pour ce média ; or cela m’a appris à être pédagogue, à quitter le langage parfois abscons des scientifiques pour un langage clair, accessible ; enfin, une chronique de dix minutes représentant cinq ou six heures de travail en amont, j’ai eu l’occasion d’approfondir certains sujets, de varier les approches du monde animal, sans me limiter à la question des animaux en voie de disparition.

Les animaux ont-ils quelque chose à nous apprendre ?


Cesser de parler pour ne rien dire. Revenir à des comportements plus gestuels, plus pragmatiques. Être plus directs dans la communication. Si mon chat a faim, il ne va pas me faire une causerie, il va me sauter dessus. Un spectacle animal, c’est beau, immédiat, fulgurant. Le message des animaux, c’est qu’il n’y a pas de message.

Propos recueillis par : Émeric Fisset & Gaële de La Brosse
En savoir davantage sur : Marie-Claude Bomsel, Émeric Fisset & Gaële de La Brosse


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