La toundra d’Alaska



Le terme « toundra », du finnois tunturit qui désigne la région fenno-scandinave des trois frontières, s’applique à l’écosystème qui, au nord de l’hémisphère Nord, couvre plus de 10 millions de km2, que ce soit par-delà la ligne de boisement sise sur l’isotherme 10 °C de juillet, dans les régions boréales d’altitude et même jusqu’au Kamtchatka. La toundra s’étend sur un tiers de la superficie de l’Alaska, surtout au nord de la chaîne de Brooks, mais aussi dans les péninsules de Seward et d’Alaska, dans les franges littorales et les deltas de la mer de Béring, ainsi que dans nombre de zones élevées ou balayées par les vents. Cet écosystème se caractérise par des associations végétales de mousses et de lichens, d’herbacées et de formations arbustives de saules nains et d’aulnes, qui poussent généralement sur un sol gelé jusqu’à 1 000 mètres de profondeur – le pergélisol ou permafrost – ou partiellement gelé – le pergélisol discontinu. Du fait de la nature du sol, le dégel estival reste superficiel et entraîne par là même un défaut d’écoulement des eaux dans le sol qui se traduit par une multiplication de lacs, marécages et tourbières de faible profondeur, tout à fait caractéristiques de la toundra « maritime » qui constitue la National Petroleum Reserve au sud de Barrow. Plus à l’est, l’Arctic National Wildlife Refuge, déjà contigu aux champs offshore de Prudhoe Bay, va être ouvert à l’exploitation pétrolière. Les étendues marécageuses sont juste entrecoupées par le fleuve Colville et des rivières méandreuses qui se jettent en mer des Tchouktches ou de Beaufort dans de vastes estuaires (inlets) et lagunes qui permirent aux premiers explorateurs de caboter entre la côte et le pack de l’océan Glacial Arctique, pour rejoindre l’île baleinière Herschel et le Mackenzie.
Les ressources alimentaires de la toundra sont plutôt limitées. Elle dispense toutefois à profusion l’été les airelles vigne-du-mont-Ida (Vaccinium vitis idæ) et les camarines noires (Empetrum nigrum). Plus brève est la floraison des mûres arctiques (Rubus chamæmorus). Essentiels au pâturage des centaines de milliers de caribous sont la cladonie (Cladonia rangiferina) et le carex qui abonde au fond des plans d’eau. Il est à noter que l’orignal, qui restait en zone boisée, remonte à présent au nord de la ligne de partage des eaux du fait de la pression humaine et des incendies estivaux. Enfin, les myriades de moustiques qu’entretiennent les innombrables marécages attirent chaque fin de printemps par centaines de milliers une vingtaine d’espèces d’oiseaux migrateurs, des harles aux phalaropes, des bernaches aux eiders, dont les œufs sont prisés. Le North Slope n’héberge en effet que sept espèces résidentes, parmi lesquelles le harfang, le gerfaut et le grand corbeau. Pour ce qui est des poissons, les Iñupiat ne peuvent guère compter que sur les brochets et les ombles chevaliers (Salvelinus alpinus). La grande affaire de l’année reste la migration des baleines franches via le détroit de Béring, de la mer des Tchouktches dans la mer de Beaufort. La Commission baleinière internationale (CBI), dont relève The Eskimo Whaling Commission, reconnaît aux dix villages baleiniers le droit de porter un total de cinquante coups, dont ne résultent en fait qu’une dizaine de prises annuelles.

Par Émeric Fisset
Texte extrait du livre : Alaska, Visions d’un pèlerin de la Grande Terre
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