Antoine Bertrandy


Triacastela – province de Lugo (Espagne)
Année 2013
© Edwina Tyler
Ancien collaborateur de France Culture. A rallié Compostelle.

Né à Paris en 1978, Antoine Bertrandy grandit dans le confort anesthésiant d’une banlieue cossue lovée au creux d’une boucle de la Marne dont il ne s’évade guère que pour visiter sa famille sur les contreforts hercyniens de la Dordogne, dans un pays renommé pour rien d’autre que ses hommes de Cro-Magnon. C’est ainsi que, repu de la contemplation de peintures rupestres inégalées, il a longtemps pensé qu’il foulait là le berceau de l’humanité et que, par conséquent, il était le descendant direct des premiers hommes. Vers l’âge de 8 ou 9 ans, pris d’une folie aventureuse au sujet de laquelle ils n’ont jamais été capables de fournir une explication, ses parents lui font prendre le RER jusqu’au Forum des Halles dans le sous-sol duquel il a la vision dérangeante de punks nihilistes vautrés et déguenillés, occupés à rien d’autre qu’à tromper ou satisfaire leur toxicomanie. Cette découverte d’un monde nouveau et subversif, loin de remettre en cause ses certitudes bourgeoises et d’éveiller une curiosité en état d’hibernation, finit de le persuader de rester durablement retranché derrière les épaisses haies de lierre qui enserrent le monumental pavillon familial, barricadé derrière de lourds volets et une porte blindée, et réfugié derrière les murs de sa chambre tapissés de photos rassurantes de sportifs découpées dans Tennis Magazine ou France Football, cette littérature musclée où il apprit à la fois la lecture, la géographie et la vie. Pour couronner le tout et finir de circonscrire sa vision très parcellaire du monde, il suit parfaitement passivement la totalité de sa scolarité dans un établissement catholique fort strict qui lui donne un goût tenace pour les autolimitations coupables et les rêveries désespérées.

À la suite de quoi, Antoine Bertrandy s’engage dans les études en se demandant à quoi bon et avec l’espoir d’en sortir au plus vite. Comme c’est souvent le cas dans ce genre de circonstances, son malheur s’éternisa de longues années rythmées par les échecs et les incompréhensions jusqu’à ce que, par un miracle providentiel, l’Institut d’études politiques de Paris veuille bien lui faire la grâce de son diplôme qu’il reçut avec soulagement et comme une libération. Fort de cette peau d’âne dont le prestige irait bientôt en peau de chagrin, il put dans un premier temps assouvir un intérêt nouveau pour le monde des vivants en occupant successivement les fonctions de rédacteur en agence de presse, consultant en système d’information, attaché de production à Radio France, directeur d’une crucifiante et amère campagne électorale, coursier à vélo, chargé de mission au sein d’un éphémère think tank politique et consultant en affaires publiques. Idéaliste insatiable, il développe en même temps qu’il accumule ces non-expériences quasi touristiques – qui n’améliorèrent guère sa compréhension du monde – une inclination pour la littérature de voyage. Il s’imagine alors traversant les steppes et des montagnes exotiques, allant au-devant de l’étranger comme on se rend chez un ami pour partager une bière et un moment de sincérité. Il envisage d’abord de rallier Pékin à vélo depuis Paris mais met rapidement terme à son périple. Rendu confus par l’excitation et l’indétermination, il met pied à terre moins d’une semaine après son départ après avoir atteint l’île de Ré, cet autre refuge très chic et familial : il s’était trompé de direction.

Cette méprise grotesque fit momentanément perdre son désir de découverte à Antoine Bertrandy mais, progressivement, son idéalisme reprit le dessus et il ne tarda pas à s’imaginer à nouveau arpentant des sentes sans frontière. Devenu moins sage et moins trouillard avec les années, il se munit d’un imposant sac à dos, de grosses godasses et d’un stylo à bille, et rejoint Saint-Jacques-de-Compostelle depuis Saint-Jean-Pied-de-Port en octobre 2013 bien décidé à percer le mystère fascinant de cette longue marche, à aller au-devant des hommes et, enfin, pour ne plus vivre dans le déni de sa propre vulnérabilité et l’illusion de son importance, à la rencontre de lui-même. Vers Compostelle, Drôles de rencontres est sa première mise à nu, le récit de cette extraordinaire aventure chargée de coïncidences émouvantes et de puissantes révélations.


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