Michel-Cosme Bideau


Camprafaud, Ferrières-Poussarou – Hérault (France)
Année 2016
© Ferdinand Bideau

Né à Lyon en 1952 de deux théâtreux – mère comédienne, père romancier et metteur en scène –, Michel-Cosme Bideau monte à Paris à 5 ans. Son destin de scribouillard surdoué lui est révélé par un instituteur en CM2, qui fut son premier admirateur dont, avec le recul, il ne se serait jamais remis. Ses parents s’étant séparés et sa mère ayant du mal à le retenir, il a 16 ans en 1968 : un adolescent à vélo assiste aux « événements » des nuits entières, ébahi et effaré, avec une distance amusée de témoin. À l’époque, il était sûr de devenir journaliste, donc impartial dans son esprit : la puissance de l’émeute, « recelant je ne sais quelle force » (Hugo), l’a influencé mais de manière originale. Études littéraires au lycée Michelet de Vanves, à l’époque épicentre de la contestation gauchiste qu’il observe de loin, en plumitif curieux. Premiers voyages l’été : Maroc puis Israël, où il ramasse des pommes dans un kibboutz. Bac philo en poche, il se précipite à New York, sillonne les États-Unis en stop sur l’Interstate 66 et témoigne du mouvement hippie agonisant dans son journal.

Voici Michel-Cosme Bideau, sans conviction, en licence de droit à Grenoble pour le ski à Chamrousse, puis à Assas. Il vend sa moto pour partir en Inde avec un ami. L’Europe de l’Est, la Turquie, l’Iran… l’Afghanistan est déjà fermé par un coup d’État inaugural. Détour par le Pakistan et son désert baloutche plus saharien que l’original. Enfin l’Inde, un trek au Népal, Goseikunda Lake et les fêtes de la pleine lune à Goa, le bout de la route pour deux jeunots désabusés qui n’ont plus qu’à rentrer sauf à se perdre.

Michel-Cosme Bideau reprend des études aux Beaux-Arts, apprend l’hyperréalisme sur le tas avec un ami et entame une carrière de décorateur-fresquiste. Il publie aussi des articles dans des hebdomadaires, tels Max, Cactus… Presque sans s’en apercevoir, il a écrit un roman de ses souvenirs indiens, à partir d’un article pour Actuel jamais publié. Une fiction élaborée de drames vécus qu’il ne pouvait s’empêcher de griffonner sur le vif à l’époque. C’est en réalisant une fresque par hasard (qui n’existe pas) chez Ariane Fasquelle qu’il publie Lolita Calcutta à La Table ronde. Il obtient quelques succès critiques, mais Ariane n’est plus là et personne ne défend vraiment le livre.

Michel-Cosme Bideau est rédacteur publicitaire quand une séparation suivie de l’enlèvement de son fils aux antipodes lui inspire son deuxième roman, La Dérive, chez Belfond. Un droit de visite exercé dans l’hémisphère Sud, on danse sur la volcanique île de la Réunion. Las ! Pierre Belfond qui l’a remarqué n’est plus à la tête de sa maison quand le roman sort et il passe inaperçu. Artiste maudit ?

Pour Michel-Cosme Bideau, c’est le voyage toujours avec Tu resteras ma fille chez Plon, écrit en collaboration avec Hugues de Tressac. L’épopée du radio de Bob Denard, mercenaire glorieux en Rhodésie, aux Comores, au Tchad. On côtoie des chefs d’État ; le livre mêle l’aventure et les problèmes de société et connaît une certaine audience. L’auteur a démontré sa capacité à écrire la vie d’un autre. Il est embauché par Gérard de Villiers pour sa série « Brigade mondaine ». Seul scribouillard de la collection à emmener les deux flics au-delà du Périphérique, il ne reconnaît rétrospectivement toutefois qu’un seul polard de cette série comme un roman personnel : La Déesse de Katmandou.

Mort d’un nègre, aux éditions L’Âge d’homme, est l’unique roman métropolitain de Michel-Cosme Bideau : on y bourlingue mais intra muros. L’euthanasie de son père chéri et de sa carrière de nègre ; technique d’écriture d’un polar entrelardé de pavillon des cancéreux le jour suivi de nuits d’un érotisme caniculaire. Insurpassable.

Pour Michel-Cosme Bideau, L’Orphelin khmer est sa vision magistrale du romantisme guerrier et du Cambodge de la grande époque, après les Viêts. Le coup de foudre pour ce royaume de non-droit a bouleversé sa vie – après l’Inde et aujourd’hui le Myanmar. Une histoire authentique où il met au service d’une « œuvre d’art écrite » la méthode stylo-caméra et le plan alterné, appris en écrivant du polar SNCF. Leur efficacité pour une noble cause, esthétique et morale, l’a étonné lui-même. Ce récit est la somme de deux décennies de travail, depuis les premières notes, d’autres livres s’étant heureusement interposés.


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