Valentine Imhof


À la pointe du Diamant sur Saint-Pierre – Saint-Pierre-et-Miquelon (France)
Année 2008
© François Hoccry
Professeur de lettres. Éprise de la beauté austère et originelle des paysages boréaux.

Née à Nancy en 1970, Valentine Imhof développe rapidement un tropisme pour les paysages boréaux, en lisant Jack London, James Oliver Curwood ou Selma Lagerlöf, et surtout en accompagnant, pendant toute son enfance et son adolescence, ses parents dans une série de voyages en 4L et sous tente à travers la Fennoscandie. Elle y affirme son goût pour la minéralité des paysages, les routes où l’on ne croise personne, hormis élans et rennes, la végétation rase – mousses, lichens et baies sauvages – et les lieux qui ont des airs de début du monde, des causses lozériens aux mornes de Terre-Neuve, des champs de lave islandais aux pavés basaltiques de l’Irlande du Nord.

Après deux années d’hypokhâgne et khâgne classique, Valentine Imhof poursuit des études d’anglais, qu’elle conclut par une maîtrise et un DEA en littérature et civilisation américaines, ainsi que deux mémoires consacrés à Henry Miller. Puis elle devient, pendant deux ans, professeur sous contrat dans une université du Midwest. Elle y arrive en plein mois de janvier 1994, s’inscrit à des cours de mandarin, enseigne la littérature, et découvre que dans l’Indiana, en hiver, le mercure descend sous -40 °C, que le blizzard et les tempêtes de glace vitrifient et subliment le paysage, et que, lorsque le lac Michigan gèle, Chicago ressemble à une cité futuriste posée, incongrue, sur la banquise d’une lointaine planète froide. Puis, dès le mois suivant, dans le calme ocre et écrasant des canyons et des déserts de l’Arizona et de l’Utah, elle croise son premier serpent à sonnette qui se repose à l’ombre d’un saguaro, voit à Tombstone rouler, sans trop y croire, ses premiers rolling bushes, qui traversent devant elle la piste poussiéreuse, comme dans un film, et est rattrapée par l’hiver, une tempête de neige qui, en quelques minutes, recouvre Monument Valley et enveloppe d’un manchon blanc les branches torturées des vénérables juniper trees. Pendant deux ans, elle multiplie les virées, à l’ouest encore, le long de la côte nord de la Californie, et puis dans la vallée et le delta du Mississippi, et aussi les grandes villes du Nord et de l’Est. Elle adore les escales dans les diners et les truck stops, y être accueillie par les effluves mêlés de la cannelle, de la friture et du café, et une serveuse fatiguée qui lance un jovial « Hi honey, what can I get ya ? ».

De retour en France, Valentine Imhof rédige des centaines d’articles en tant que pigiste pour Le Républicain lorrain, apprend le quotidien de la « locale », aime écrire des portraits de passionnés (par la culture de légumes rares, la pêche à la mouche, la Grande Guerre, les trains électriques…), découvre les plaisirs de l’aérostation, hante les festivals de théâtre contemporain, multiplie les concerts de rock, rap, blues ou jazz, et y réalise nombre d’interviews (Diana Krall, Max Roach, Birelli Lagrène, Abbey Lincoln…). Sur ses heures libres, et pour le plaisir, elle suit en faculté des cours de langue et littérature danoises, et retourne au Danemark pour travailler son stød et profiter de l’animation bouillonnante d’une Copenhague promue « Capitale culturelle européenne » de l’année 1996.

Puis, au moment où elle se rêve gardienne de phare, dans un bout du monde aux Lofoten, sur un rocher des Shetland ou du détroit de Magellan, Valentine Imhof répond en février 2000 à une annonce pour un poste de professeur de français et d’anglais au Francoforum, institut de langues de Saint-Pierre-et-Miquelon, dont le slogan est « Là où l’archipel devient la salle de classe ». Et, sur ces cailloux à fleur d’Atlantique, elle retrouve les lumières si particulières du Nord qui lui plaisent tant, découvre un de ces lieux où l’on peut connaître « quatre saisons dans la même journée », où les activités que l’on programme sont toujours assorties d’un « si le temps le permet », où l’on est en prise directe avec la nature, les spectacles étonnants qu’offrent les éléments, la faune, la flore, l’océan, et où elle comprend que l’expression « on n’y voit pas à une brasse » n’est pas métaphorique quand, en juin ou en juillet, la brume s’installe pour quelques jours, ou quelques semaines, et recouvre tout d’un voile opaque et cotonneux. Depuis seize ans, elle poursuit son exploration de la région, dans les provinces atlantiques et maritimes du Canada, avec une prédilection pour les coins reculés de Terre-Neuve et les rencontres uniques qu’elle a faites dans ses modestes communautés isolées, et pour la baie de Fundy aux îles ocre rouge qui, à marée basse, deviennent d’étranges et fragiles monolithes.

Après avoir passé un CAPES de lettres modernes en 2005, Valentine Imhof enseigne désormais le français au lycée de Saint-Pierre, où elle participe depuis 2008 à l’organisation du prix littéraire de l’Archipel dont la sixième édition a récompensé Patrick Manoukian pour son polar mongol Yeruldelgger. L’écrivain primé, auteur d’un « récit de l’ailleurs », est alors invité une semaine en vue de découvrir Saint-Pierre-et-Miquelon.


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