Michel Chandeigne


GR20 – Corse (France)
Année 1995
© Michel Chandeigne
Libraire, éditeur et auteur (pseudonyme Xavier de Castro). Conférencier, spécialiste du monde lusophone et de l’histoire des grandes navigations.

Né à La Clayette, en Saône-et-Loire, en 1957, Michel Chandeigne est biologiste de formation. Enfant, il se passionnait déjà pour les fossiles et notamment pour les brachiopodes.
En 1981, à la Foire de Paris où il est vendeur sur un stand de minéralogie, Michel Chandeigne fait la connaissance d’un typographe qui effectue une démonstration de presse à bras. Ce qui est incongru et curieux en un tel lieu lui apparaît immédiatement comme fascinant. René Jeanne est un homme habité par son métier, qui lui en explique les fondamentaux avec gentillesse et patience, lui indique le matériel et les caractères à acquérir, comment nettoyer des rouleaux d’encre, les réglages possibles sur une presse et les erreurs à éviter. Plus tard, Raymond Gid lui fait découvrir Hermann Zapf, le plus grand créateur de caractères du XXe siècle, un génie de la typographie dont les réalisations ont un impact déterminant sur le jeune homme.
Ayant installé avec du matériel de récupération – une presse à épreuves et une à main – un modeste atelier en Bourgogne, Michel Chandeigne compose et imprime sa première page à l’âge de 24 ans : un poème de René Char. Ce qui n’est au début qu’un passe-temps devient un métier.

Michel Chandeigne a quatre livres imprimés à son actif lorsqu’il part pour Lisbonne en 1982. Coopérant militaire au lycée français, il y enseigne la biologie pendant deux ans. À l’âge de 25 ans, la langue et la culture portugaises réorientent sa vie. De retour en France, désireux de conserver le lien fort qu’il a noué avec le Portugal, il dirige des livres pour les éditions Autrement et en traduit d’autres. Il a effectué une quarantaine de traductions de poésie à La Différence, Bourgois, Lettres vives, Unes, Le Taillis Pré, L’Escampette et Gallimard. Par ordre chronologique, les auteurs qu’il contribue ainsi à faire connaître sont : Eugénio de Andrade, Fernando Pessoa, António Ramos Rosa, Nuno Júdice, Al Berto et Sophia de Mello Breyner. Nuno Júdice, António Ramos Rosa, Eugénio de Andrade et Herberto Helder sont ainsi aujourd’hui dans la collection « Poésie/Gallimard », ainsi qu’une Anthologie de la poésie contemporaine portugaise, parue en 2003 et qui représente, avec trente-quatre poètes lusophones, une forme de point d’orgue à cette activité.

L’écrivain Dominique Fourcade le pousse, à son retour de Lisbonne en 1984, à devenir en outre éditeur. Il travaille alors beaucoup, surtout la nuit, pendant un an et demi en Bourgogne, dans une solitude totale, et finit par remonter à Paris en 1986 pour reprendre une librairie où il peut installer ses presses dans l’arrière-boutique de 4,25 m2 : sans doute dispose-t-il alors du plus petit atelier complet d’édition au monde, digne de figurer dans le Livre des records.
C’est bien naturellement que Michel Chandeigne en est venu à fonder la Librairie portugaise et brésilienne en 1986 et les éditions Chandeigne en 1992, sises toutes deux au 10, rue Tournefort, à Paris.
C’est en traduisant Message de Fernando Pessoa, avec Patrick Quillier, que Michel Chandeigne commence à se pencher sur l’histoire lusitanienne. Il découvre toute la richesse des grandes découvertes portugaises, méconnues en France à l’époque. Il propose alors à Autrement deux livres – Lisbonne-hors-les-murs 1415-1580 (en 1990) et Goa 1510-1685 (en 1996) –, qui lui permettent de renouer avec sa ville et sa langue de prédilection, et prend parallèlement conscience de l’extrême richesse de la littérature de voyage. Ces textes, alors indisponibles en français, sont loin d’être anecdotiques car, outre la valeur littéraire de certains, ils traitent de l’histoire mondiale aux XIVe, XVe et XVIe siècles et témoignent d’un monde encore vierge où la pluralité des cultures, des peuples, des langues et la diversité biologique sont à leur apogée. Parallèlement, il achève son dernier livre en typo, les Œuvres complètes de Sappho (en 1992), en grec et en français. Une sorte de testament où il met tout ce qu’il a appris en typographie. Après l’avoir terminé, le goût pour le plomb l’a quitté… Son savoir typographique, il l’appliquera désormais à la composition sur ordinateur, en tentant de respecter les règles strictes de la typographie. À 35 ans, il sent soudainement que le temps lui est compté.

Lancée en 1992 avec les Histoires tragico-maritimes – trois naufrages portugais du XVIe siècle –, la « Magellane » compte une quarantaine de titres. Elle est devenue une collection de référence pour l’histoire de l’exploration, et pas seulement en France. Elle touche à la fois le grand public, les amateurs de récits, les historiens, les ethnologues et les géographes, sans négliger les bibliophiles. La ligne éditoriale vise à rassembler des témoignages écrits, les premiers regards posés sur des mondes nouveaux, généralement par des Européens. Ces témoignages y sont publiés dans leur intégralité : certains textes ne sont apparemment intéressants qu’en partie, mais il n’est pas question de les expurger. Texte et appareil critique sont bien sûr étroitement liés mais ils ont chacun leur autonomie. L’appareil critique étant copieux, la manière la plus intelligente de lire les notes (rejetées en fin de volume) est de le faire avant de lire le texte, car le lecteur s’imprègne de tout ce qu’il faut savoir « autour » avant d’attaquer le « cœur » de l’ouvrage. Pour ce qui est de l’objet, la jaquette est d’inspiration italienne, la reliure allemande, et la typographie française.
Sous la direction de Michel Chandeigne et d’Anne Lima, son associée, la « Magellane », qui fait appel à un cercle plutôt restreint d’historiens fidèles et efficaces, s’enrichit depuis quinze ans de deux à quatre titres par an. L’éditeur prend une part très active à la révision des appareils critiques de tous les livres de cette collection. C’est sous son pseudonyme – car il aime les pseudonymes – de Xavier de Castro qu’il s’est occupé de son premier titre, le Traité de Luís Fróis sur les contradictions de mœurs entre Européens et Japonais (1585), mais encore, car il aime les tragédies humaines comme il aime les films d’horreur, des Naufrage du Terschelling (1661) et Naufrage de Bontekoe (1618-1625) et autres aventures en mer de Chine. Amoureux du Grand Nord – n’a-t-il pas visité le Spitzberg ? –, il peut en outre s’enorgueillir de l’édition de Prisonniers des glaces, Les expéditions de Willem Barentsz (1594-1597), dont la réédition extraordinairement illustrée en 2000 est l’un des fleurons de la « Magellane ».
C’est en 2007 qu’il publie enfin son monumental Voyage de Magellan, fruit de cinq années de travail en collaboration avec Jocelyne Hamon et Luís Filipe Thomaz. Cet ouvrage est le premier au monde à réunir l’intégralité des sources directes, et à les confronter. Ce faisant, en raison des nouveautés mises à jour, et surtout des erreurs qui polluaient jusqu’alors tous les livres sur le sujet, il a réalisé l’ouvrage désormais de référence sur le sujet, le point d’orgue de la collection « Magellane ». Pour diriger sa maison d’édition, lancer d’autres collections et développer sa librairie, devenue portugaise et brésilienne, Anne Lima, une de ses anciennes élèves, bretonne par sa mère et portugaise par son père, diplômée d’une école de commerce qui a entre-temps travaillé dans la publicité, le rejoint. Ensemble, ils créent deux structures indépendantes mais complémentaires : Anne Lima dirige les éditions Chandeigne et Michel Chandeigne dirige la Librairie portugaise qui, connaissant un succès croissant, embauche Élisabeth Monteiro Rodrigues comme seconde libraire. C’est une librairie qui travaille le fonds, les quatre cinquièmes étant des ouvrages en langue portugaise, et maintient en rayon toutes les traductions et tous les ouvrages en français sur le Portugal, le Brésil, l’Afrique lusophone et l’histoire des Grandes Découvertes en général. La librairie est surtout une vitrine permanente pour la maison d’édition et ses livres dont le site Internet commun permet d’élargir la diffusion par la vente en ligne.

Parallèlement à ces activités d’éditeur, Michel Chandeigne donne fréquemment des conférences dans des écoles et à bord de bateaux de croisière, sur le Douro notamment. Sitôt que son métier et ses trois enfants lui en laissent le loisir, il se plaît à séjourner dans la modeste pension de l’Alfama d’où il arpente Lisbonne qui, deux décennies et demie plus tard, sait encore l’éblouir et le retenir.


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