Michèle Foin


Rue de Ménilmontant, dans le XXe arrondissement – Paris (France)
Année 2011
© Luc Foin
Journaliste, spécialiste des sujets de société et des minorités à Paris.

Née à Alger en 1970, Michèle Foin revendique depuis l’enfance son lointain lieu de naissance : une façon de se distinguer, pense-t-elle, de venir d’ailleurs ; la promesse de quitter cette banlieue nancéenne pluvieuse et froide où ses parents ont dû refaire leur vie, tels deux exilés dans leur propre pays. Être d’ici, de là-bas ; rester, partir ; comprendre pourquoi certains fuient, poussés par un élan de vie, de survie, et pourquoi d’autres restent, farouchement attachés à leurs racines. Toute petite, déjà, ces questions la taraudent. Les années passent. Elle reste la fille unique de ce couple migrateur qui, un jour, s’est posé, las, puis a oublié de redéployer ses ailes. Attendant qu’elles lui poussent, Michèle Foin se noie dans les livres et la photographie.
Enfance studieuse, adolescence orageuse : quand vient l’heure des choix d’orientation, le dilemme est immense. Photographe n’est pas une option, et les études littéraires ne mènent à rien, a décrété son père qui a d’autres ambitions pour sa fille. La raison l’emporte, coiffée de l’espoir qu’une carrière commerciale lui permette de parcourir le monde. Ce qu’elle fait, au début. Michèle Foin poursuit des études à l’École supérieure de commerce de Clermont-Ferrand qui la mènent jusqu’à Boston, aux États-Unis, où elle obtient un MBA. Elle caresse un temps l’envie de vivre au Brésil, apprend le portugais. Puis elle tombe amoureuse de Paris, la Lumineuse, qu’elle ne devait plus quitter, habitant tour à tour l’île de la Cité, Barbès, Bastille, Belleville… un tour du monde en somme. Elle s’essaie à de nombreux métiers de l’entreprise – le marketing, l’événementiel, la communication, se rapprochant chaque fois un peu plus de l’écrit jusqu’à l’évidence : il faut qu’elle devienne journaliste.
Intriguée par la population chinoise qu’elle côtoie à Belleville, elle en fait son premier champ d’investigation. Pourquoi, après tant d’années en France, ses ressortissants ne parlent-ils pas français ? D’où viennent ces curieuses « marcheuses » de Belleville ? À quoi riment tant de sacrifices pour cette vie de labeur en France ? Elle devient reporter dans sa propre rue. Les langues se délient, les cœurs s’ouvrent. Hasard des événements, Belleville est soudain le théâtre de drames successifs concernant des Chinois en situation irrégulière. Michèle Foin séduit la rédaction de Libération et place plusieurs articles dans ses colonnes. Depuis, elle se consacre entièrement au journalisme et collabore avec différents journaux dont Le Parisien et La Gazette des communes.
Puis vient la perspective d’un déménagement. Pas très loin pourtant. À quelques coups de pédales, de Belleville à Saint-Fargeau dans le XXe arrondissement de Paris. L’idée ne devrait pas être insurmontable, se dit-elle. Mais c’est qu’un continent sépare ces deux quartiers. De ce choc culturel est née l’urgence de la rencontre, l’envie d’abattre les murs, la soif d’un voyage lointain à deux pas de chez elle.


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