La maison d’édition et la librairie des voyageurs au long cours

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Interview : Patrick Marcel

Au plus secret de la Terre


Comment les volcans sont-ils entrés dans votre vie ?
Très progressivement. Par mes études de sciences naturelles tout d’abord, qui ont éveillé ma curiosité pour la géologie en général et pour le volcanisme en particulier. Puis par mes premiers voyages en Sicile et en Islande, qui ont attisé mon intérêt pour les terres volcaniques et les sublimes paysages qu’elles abritent. Et, enfin, par le contact avec ma première éruption sur le Stromboli, le grand déclencheur de ma fièvre de volcans. Un spectacle naturel et multisensoriel, « son, lumière et vibrations », envoûtant et hypnotique, mais aussi d’une grande puissance et hors de contrôle, qui nous remet à notre vraie place.

Dans quelle mesure les volcanologues Haroun Tazieff, Maurice et Katia Krafft, et leurs documentaires vous ont-ils influencé ?
J’ai grandi entre deux mondes : celui du quotidien très urbanisé de la banlieue lyonnaise et celui des vacances, rural et montagnard, du Vercors Sud d’où ma famille est originaire. Entre bitume et calcaire, loin du basalte. Je suivais avec intérêt les émissions télévisées du volcanologue Haroun Tazieff, qui illustraient à merveille une science aventureuse au milieu d’explosions tonitruantes, le pendant du monde du silence, tout aussi fascinant, du commandant Cousteau. Je dévorais les livres de l’un et de l’autre, sans forcément déclencher à l’époque l’envie de grimper sur les volcans ou de plonger dans les abysses. Mais à mon insu, ils ont laissé en moi des traces aussi imperceptibles que les trajectoires des montgolfières… Sinon, pourquoi aurais-je plus tard plongé avec dauphins et raies manta, et gravi de nombreux volcans actifs ?
Les Krafft sont arrivés après. Enseignant, je recherchais les meilleures images pour faire comprendre le volcanisme à mes élèves, et leurs nombreux films et livres étaient incontournables ! J’en connaissais chaque séquence sur le bout des doigts, et grâce à eux j’étais capable de mettre un nom de volcan sur le moindre épanchement de lave aperçu à la télé.

Quoique scientifique de formation, vous vous intéressez de près aux mythes qui entourent cet objet de fascination et de peur. Quel vous semble être le mythe le plus parlant de l’ambivalence qu’exercent les volcans ?
Maurice Krafft avait une approche multiple du volcanisme, scientifique mais aussi historique, culturelle et artistique. Certains de ses livres m’ont ouvert les yeux sur les mythes associés aux phénomènes telluriques. Ils ont nourri ma réflexion de didacticien des sciences sur l’origine des conceptions spontanées qui interagissent avec les apports scientifiques dans la compréhension du phénomène. Dans le monde occidental, les volcans sont craints : ils étaient jadis associés à l’enfer et au diable, aussi cette vision sulfureuse leur colle-t-elle à la peau. En Indonésie, ils sont avant tout vénérés pour les bienfaits qu’ils apportent. Le mythe polynésien de la déesse Pélé illustre à merveille cette ambivalence, ainsi que la connaissance intuitive qu’un peuple peut avoir de son environnement. Lors de son voyage dans les îles du Pacifique, fuyant sa sœur Namaka (déesse de l’Océan) qui veut la trucider, Pélé déclenche tour à tour des éruptions en différents lieux en frappant le sol de son grand bâton, avant de se réfugier sur le Kilauea. Les scientifiques ont déterminé les âges des éruptions volcaniques de l’archipel hawaiien grâce aux méthodes modernes de la géochimie isotopique, et ils ont constaté qu’ils coïncident sans exception avec le voyage de Pélé tel qu’il a été transmis par une tradition orale séculaire !

Vous êtes monté pour la première fois sur un volcan actif, le Stromboli, en 1993, vingt-quatre ans plus tard vous descendez dans le cratère du Nyiragongo, et, entre-temps, avez foulé toutes les terres volcaniques du globe – Hawaii, Indonésie, Islande, Kamtchatka, etc. Quel est votre prochain désir de visite ou d’exploration ?
Je rentre tout juste d’un voyage en Afrique qui m’a à nouveau émerveillé. Dans un premier temps, j’ai participé à une mission scientifique sur le Nyamulagira, en République démocratique du Congo, dans le Nord-Kivu, sous l’égide des Nations unies. C’est le volcan le plus actif d’Afrique ; pourtant, il est très peu visité et étudié en raison de l’insécurité qui règne sur ses flancs. Plusieurs séries de mesures et de prélèvements ont été réalisées dans son cratère, à proximité d’un lac de lave très agité. Puis ensuite nous avons gravi l’Ol Doinyo Lengaï en Tanzanie, le volcan sacré des Massaï, qui est le seul au monde à produire de la lave natro-carbonatite. Ces édifices sont en perpétuelle évolution du fait de leur grande activité, et d’un voyage à l’autre on y observe de nombreux changements. Donc y retourner, c’est comme aller à chaque fois sur un nouveau volcan. Mes projets dépendront des éruptions à venir. Je voudrais mieux connaître le Fogo, au Cap-Vert, et les volcans d’Amérique centrale, comme ceux du Salvador. Mais si l’Etna entre de nouveau en éruption, il n’est pas exclu que je m’y précipite !

Quelle lecture conseilleriez-vous à qui veut découvrir la magie des volcans ?
De nombreux ouvrages sortent régulièrement sur le phénomène volcanique. Le sujet est propice aux beaux livres de photographies, d’aventures sur le terrain, de culture scientifique à différents niveaux de conceptualisation et de médiation. Je vous en propose une petite sélection de cœur, totalement subjective. Pour le plaisir des yeux, et parce qu’il est issu d’une somme de passions, Chasseurs de volcans est fortement recommandable. Dans sa seconde édition, ce beau livre est accompagné d’un DVD d’éruptions que j’ai réalisé. L’éditeur Omniscience a su mobiliser les membres de L’Association volcanologique européenne (LAVE) pour mettre en lumière cent onze volcans différents. Le Dictionnaire des volcans de J.-C. Tanguy et Dominique Decobecq est un petit ouvrage qui permet très rapidement d’accéder aux informations essentielles sur les principaux volcans actifs du monde. Jacques-Marie Bardintzeff est un volcanologue que j’ai toujours un grand plaisir à rencontrer, que ce soit dans des salles de conférences ou sur le terrain. Nous avons passé de nombreuses heures à attendre ensemble les nuées ardentes du Sinabung, à Sumatra.Très impliqué dans la médiation scientifique, il est l’auteur de plusieurs ouvrages destinés au grand public. Dans Vocation volcanologue, il fait part de son palpitant parcours professionnel. Je me replonge aussi régulièrement dans les livres d’Haroun Tazieff, dont j’apprécie la façon unique de raconter l’aventure scientifique, mais aussi dans l’indémodable et passionnant Les Feux de la terre, Histoires de volcans de Maurice Krafft, dans la collection « Découvertes Gallimard ». Et récemment j’ai eu un coup de cœur pour Les Balades volcanologiques de Francis Macard, deux livrets de dessins sur les plus beaux sites de France métropolitaine.

Propos recueillis par Rosalie Thonnérieux


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