La maison d’édition et la librairie des voyageurs au long cours

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Interview : Jérôme Colonna d’Istria

La vertu de la proximité


Vous le dites vous-même, l’idée de traverser les Alpes à pied n’est pas « neuve ». Pourquoi vous lancer à votre tour dans ce périple ?
Je me suis lancé dans ce périple pour des raisons probablement identiques à celles de mes illustres prédécesseurs. C’est avant tout une question d’amour à la fois de la montagne et de la marche au long cours. Je ressentais à ce moment un besoin de retraite, de prise de recul, de reconnexion avec des choses peut-être plus essentielles. Pourquoi les Alpes françaises ? J’aurai pu choisir un itinéraire plus sauvage, plus exotique, dans un pays lointain, une nature étrangère, mais j’aime les Alpes, et l’idée de me mouvoir dans une ambiance que je prétends bien connaître était pour moi une forme de confort que je ne renie absolument pas. Au contraire, ce tracé sportif près de chez moi s’inscrivait dans la logique bien actuelle, écologique, de « microaventure » : les vertus de l’affût, le contact avec les animaux, le rythme esthétique de la marche, la contemplation, etc. En s’en donnant un peu la peine, on peut y trouver finalement tout ce que l’on recherche.

Vous souhaitiez aller à la rencontre de ceux qui peuplent « ce petit monde de là-haut ». Y êtes-vous parvenu ?
Je pense que l’écriture d’un récit de voyage ne prend de sens que si l’on s’impose de raconter une histoire qui en vaut la peine. Et toute histoire vaut de la peine d’être racontée si on y met la forme. Je me suis promis avant de partir que j’irai rencontrer le « petit monde de là-haut » ; j’entendais par-là aller côtoyer, regarder, admirer, échanger avec finalement ce que l’on ne trouve pas « en bas ». Cela n’est que mon point de vue très singulier, mais qu’il s’agisse de faune, de flore, d’êtres humains, de bâti, de paysages, ou bien même de situations ou d’anecdotes, j’ai essayé de les rendre insolites et vivantes. Je ne sais pas si je suis parvenu à tenir ma promesse, mais une chose est sûre : j’ai eu sincèrement l’ambition de le faire.

Votre sac contenait notamment une liseuse et de quoi dessiner. En quoi vous était-ce indispensable ?
Je pense que la marche seule au long cours, et singulièrement la marche en montagne, inspire assez naturellement et sans trop d’effort le sentiment poétique. Tous les plus grands poètes, les plus grands peintres, tous les artistes ont fait cette expérience ; les exemples sont tellement nombreux. Alors si l’on est un peu sensible, à l’écoute du monde, on a envie de se fondre dans les mots des grands poètes, de vivre la poésie concrètement. Tout cela est une question de sensations. Écrire, lire, dessiner, peindre, photographier, pourquoi pas danser, chanter, jouer de la musique comme Maurice Bacquet dans Étoile et tempête, me semble assez naturel tout compte fait. Même si au fond elles n’étaient pas indispensables, ma liseuse et ma trousse à dessin ont quelque part été les outils de cette aventure.

Votre exercice de la médecine d’urgence modifie-t-elle votre regard sur la montagne, ses habitants et la pratique de la marche ?
La médecine m’a permis de m’ouvrir au monde en cassant naturellement toutes barrières sociales ou culturelles. Elle montre l’humanité comme elle est, sans artifice. Avec le temps peut-être, l’exercice de mon métier m’a fait relativiser beaucoup de chose, bien au-delà du contexte professionnel. Le regard que je porte sur la montagne s’en est probablement trouvé modifié : une appréhension plus sage de mes craintes et de mes inhibitions. La médecine a certainement contribué à me faire prendre conscience de la fragilité du monde. Je raisonne souvent en médecin, que ce soit dans l’appréhension des efforts inhérents à la marche ou lors de mes différentes rencontres. Alors oui, je vois beaucoup la vie à travers le prisme de mon travail, mais c’est qu’au-delà d’un métier, de toute sa technicité et sa science, il s’agit pour moi de bien davantage.

Quel souvenir vous reste-t-il de cette grande traversée ?
Difficile de faire le tri, de n’en garder qu’un à l’esprit. Je retiendrai peut-être la chance que nous avons de vivre dans un si beau pays dans sa diversité de lieux, de temps, d’histoire, de culture et de gens. Je retiendrai aussi la fragilité de tout cela dans les mains des hommes. J’en suis revenu indéniablement un peu plus sage.

Propos recueillis par Agnès Guillemot


Livre concerné : La Grande Traversée des Alpes

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