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Interview : Gabriel Conesa

Un coup de foudre pour le jazz


D’où vient votre passion pour le jazz ?
Qui peut dire d’où vient une passion ? Elle s’impose comme une évidence absolue. Un moment de sensibilité particulière et le hasard d’une rencontre miraculeuse avec une forme d’expression qui vous emporte sans espoir de retour. Pour ma part, ça s’est passé comme un coup de foudre à 14 ans, je m’en souviens parfaitement : un virus d’une rare violence. J’écoutais un enregistrement du Tiger rag dû à Louis Armstrong, enregistré en novembre 1934. Lors du premier solo de trompette sur le dernier thème du morceau, mes jambes sont devenues molles, ma respiration courte et tous mes autres sens se sont mis en veille ; l’espace et le temps étaient abolis. Mais avec ça, le curieux sentiment d’une certitude absolue : la certitude de vivre, comme les grands mystiques, une minute dont tout le reste va dépendre.

Qu’est-ce que votre voyage à La Nouvelle-Orléans a changé sur votre conception du jazz ?
Jusque-là, le monde du jazz, c’étaient des livres et des disques. J’étais trop jeune pour avoir entendu en boîte de véritables orchestres. Ce voyage m’a montré que le jazz de La Nouvelle-Orléans ne sommeillait pas dans les disques, qu’il était bien vivant, qu’il continuait d’accompagner la vie du peuple noir, dans les réjouissances, banquets, parades, soirées, aussi bien que dans les circonstances les plus tristes que sont les enterrements.

Vous avez enseigné la dramaturgie classique. Le théâtre et le jazz ont-ils des éléments en commun ?
Non, le théâtre et le jazz ont peu de chose en commun en dehors du fait qu’il s’agit de deux modes de communication artistique qui peuvent émouvoir un public, le réjouir ou l’attrister ; et aussi que l’un et l’autre, comme les bananes, doivent se consommer sur place : ils supportent mal l’enregistrement. Cela dit, j’ai toujours pensé que certains grands créateurs, comme Molière et Louis Armstrong, avaient en commun une esthétique de l’authenticité, une inventivité et un discours haut et clair, qui les apparentait, à mes yeux en tout cas !

Avez-vous rencontré des difficultés pour écrire sur le jazz ?
Oui, il est difficile de parler d’une passion, car on craint toujours que les mots ne suffisent à la faire partager. C’est une expérience intime que l’on éprouve au plus profond de soi, c’est un mode de pensée et d’expression qui est devenu une part de soi, et il est très difficile de s’en distancier pour en parler avec un tant soit peu de recul.

Avec quel livre s’immerger dans l’univers du jazz ?
Il existe beaucoup de savantes études sur la question, mais un discours analytique et rationnel n’incite pas à s’immerger, à moins qu’on soit déjà attiré par cette musique. C’est pourquoi je conseillerais, parmi les livres qui m’ont marqué, les souvenirs de musiciens, comme les mémoires de Jelly Roll Morton (Mister Jelly Roll d’Alan Lomax), ou La Rage de vivre de Mezz Mezzrow ; c’est là qu’on peut toucher du doigt ce que cette musique véhicule de joie de vivre, de générosité et d’humanité.

Propos recueillis par Léopoldine Leblanc


Gabriel Conesa a publié La Religion du jazz dans la collection « Petite philosophie du voyage ».

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