La maison d’édition et la librairie des voyageurs au long cours


Typhaine Cann

In memoriam

Auteur de : La Tamir aux eaux limpides, .


Il y a un an, Typhaine Cann nous quittait, emportée par une soudaine infection à Oulan-Bator, où elle séjournait depuis de nombreuses années.


Typhaine faisait partie des deux ou trois auteurs dont nous avons publié le travail anthume sans les avoir jamais rencontrés. Et, pourtant, ce n’était pas l’envie qui nous en manquait. D’ailleurs, à l’exception d’une très courte apparition en visioconférence, nous ne l’avons jamais vue, elle qui, pudiquement, se dérobait. De fait, durant tout le travail d’édition de Tungalag Tamir, de l’écrivain mongol Chadraabalyn Lodoidamba, Typhaine nous a fascinés par son engagement de traductrice, la précision de ses réponses à nos questions, son abnégation même, pour ce travail qui a duré huit ans. Elle qui avait regretté de ne pas avoir appris la langue de ses grands-parents, le breton, a, par la lecture et la traduction de ce grand roman mongol, « redécouvert le monde dans une autre langue et un autre état d’esprit Â», comme elle le disait.


C’est que la traduction de La Tamir aux eaux limpides, cette épopée dont le cadre se situe au début du XXe siècle, outre la maîtrise de la langue, requérait la connaissance du contexte historique lié aux Mandchous, puis à l’arrivée des Russes blancs ou rouges, et à leur affrontement, avant l’établissement de la jeune république mongole. Typhaine penchait pour la folklorisation des noms, c’est-à-dire leur maintien en mongol. Nous penchions pour leur francisation, afin de ne pas multiplier les obstacles – et les italiques – dans le texte. Ainsi de ger, devenu yourte, mais aussi de tous les titres princiers ou honorifiques, mandchous, mongols, voire russes. La chose était d’autant plus importante qu’en mongol le titre suit le patronyme, aussi, pour le lecteur français, « prince Pürev », par exemple, était-il plus facile à mémoriser que « Pürez Taizh » (taizh étant l’un des multiples titres princiers). Le foisonnement des personnages exigeait que le lecteur puisse mémoriser aisément leurs noms.


Il y eut de nombreuses autres décisions à prendre afin que le roman, picaresque, gagnât en fluidité pour le lecteur méconnaissant le pays du Ciel bleu. Et, de fait, l’appareil critique qui comporte 151 notes et 132 entrées pour le glossaire permet de suivre, dans leurs aventures entrecroisées, les 72 personnages principaux. À commencer par Erdene et son frère Tömör, dont les destins se croisent et se séparent, le premier croyant en l’avenir du Parti, le second devenant un véritable héros rebelle.


Typhaine Cann la Brestoise, par son abnégation, sa force de caractère et son labeur, a ainsi, en dépit de la fragilité de son corps, donné aux lecteurs français à découvrir Tömör, l’inoubliable « Robin des Steppes » mongol.

Texte rédigé par Émeric Fisset


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