
Paris :
« — Mais comment tu peux explorer un monde dans lequel tu peux pas aller ?
En plein dans le mille.
Il n’est pas 8 heures. Il n’est pas habillé. Pourtant nous sommes projetés au cœur du sujet. Je me penche au-dessus de ma tasse. Trou noir.
La candeur de sa question finit cependant par me réconforter. Et si nous pouvions parler simplement de ce dilemme des géosciences ? Sans dictionnaire. Sans jargon. Je pourrais dire qu’on cherche à connaître un monde profond. Un monde dense et primitif. Pas juste les dédales d’une mine creusée là par l’homme. Dix fois plus profond. Cent fois. Sous une île. Sous un pays. Sous l’océan. Je pourrais dire qu’on veut aller à la rencontre du magma et des gaz, là dessous. Comprendre comment ils se forment. S’accumulent. Qui des deux remonte ? On veut savoir où cela va sortir. L’eau qui s’infiltre a-t-elle un rôle à jouer ? L’idéal serait de creuser toujours plus profond pour parcourir les failles souterraines comme on parcourt le corps humain. On pourrait alors suivre de ses propres yeux le magma qui progresse. Lent ? Rapide ? Sentir de ses doigts la roche qui se fissure. Mais les artères primordiales sont trop profondes. Trop chaudes. La pression y est insoutenable. Une telle expédition directe sous terre est interdite. Le génie humain n’y suffit pas. On est gardé à distance par une barrière infranchissable. Oui, les volcans se laissent approcher, mais on ne les ausculte qu’en surface. À des kilomètres du cœur, capter d’infimes battements. La plupart, à peine audibles. Écouter. Patiemment.
Alors, on veut expliquer ce qu’on enregistre depuis la surface. On veut employer des images simples pour parler de ce qui bat sous nos pieds. »
Nicolosi (p. 42-45)
Catane (p. 119-124)
Café Savia (p. 180-183)
« — Mais comment tu peux explorer un monde dans lequel tu peux pas aller ?
En plein dans le mille.
Il n’est pas 8 heures. Il n’est pas habillé. Pourtant nous sommes projetés au cœur du sujet. Je me penche au-dessus de ma tasse. Trou noir.
La candeur de sa question finit cependant par me réconforter. Et si nous pouvions parler simplement de ce dilemme des géosciences ? Sans dictionnaire. Sans jargon. Je pourrais dire qu’on cherche à connaître un monde profond. Un monde dense et primitif. Pas juste les dédales d’une mine creusée là par l’homme. Dix fois plus profond. Cent fois. Sous une île. Sous un pays. Sous l’océan. Je pourrais dire qu’on veut aller à la rencontre du magma et des gaz, là dessous. Comprendre comment ils se forment. S’accumulent. Qui des deux remonte ? On veut savoir où cela va sortir. L’eau qui s’infiltre a-t-elle un rôle à jouer ? L’idéal serait de creuser toujours plus profond pour parcourir les failles souterraines comme on parcourt le corps humain. On pourrait alors suivre de ses propres yeux le magma qui progresse. Lent ? Rapide ? Sentir de ses doigts la roche qui se fissure. Mais les artères primordiales sont trop profondes. Trop chaudes. La pression y est insoutenable. Une telle expédition directe sous terre est interdite. Le génie humain n’y suffit pas. On est gardé à distance par une barrière infranchissable. Oui, les volcans se laissent approcher, mais on ne les ausculte qu’en surface. À des kilomètres du cœur, capter d’infimes battements. La plupart, à peine audibles. Écouter. Patiemment.
Alors, on veut expliquer ce qu’on enregistre depuis la surface. On veut employer des images simples pour parler de ce qui bat sous nos pieds. »
(p. 102-103)
Nicolosi (p. 42-45)
Catane (p. 119-124)
Café Savia (p. 180-183)
