
David Larousserie, Le Monde, le 5 mars 2026 :
« La recherche scientifique a parfois des allures d’aventure haletante, comme le montre ce récit vif, poétique et réjouissant. L’auteur était à l’époque de l’histoire, en 2020, ingénieur dans une start-up issue d’un laboratoire en pointe dans l’optique quantique, qui avait été dirigé par Alain Aspect (Nobel de physique en 2022). Chez Muquans, aujourd’hui intégrée à l’entreprise Exail, Jean Lautier-Gaud mettait au point un instrument révolutionnaire destiné à mesurer les effets de la gravité grâce à des atomes refroidis par laser.
Si les atomes, comme les pommes, tombent toujours vers le bas, leur descente diverge en fonction de leur environnement. Entendant parler des performances de cet appareil original, des volcanologues italiens ont eu l’envie de l’installer au sommet de l’Etna, en Sicile, pour détecter les infimes mouvements souterrains du magma, espérant ainsi anticiper d’éventuelles éruptions.
Voici alors le héros ramené à ses souvenirs de jeunesse, quand il était passionné par les volcans découverts dans des livres, qui se met en route pour une installation hors norme en terrain hostile. Avant d’arriver à l’ascension finale, éprouvante et à suspense, le lecteur prendra la direction de Vienne ou de Catane, la ville au pied de l’Etna, pour aborder des sujets scientifiques, mais pas uniquement. Puis il suera avec le narrateur, soucieux de gravir les pentes abruptes de la montagne tant désirée, qu’il attaque un peu présomptueusement. Il se plongera ensuite dans les récits d’éruptions anciennes du Vésuve ou de l’Etna et pour découvrir la violence de ces phénomènes fascinants. Il soufflera un peu grâce aux neuf courts interludes qui entrecoupent le récit d’une manière très imagée.
L’ensemble est tiré par une écriture aux phrases souvent très brèves pour accélérer un récit presque éruptif. Afin de partager ses sensations face aux fascinants mystères de la nature, le narrateur multiplie les descriptions et métaphores.
On peut cependant regretter que, ligne éditoriale de cette collection spécialisée dans le récit de voyage oblige, soient absentes les descriptions de la mise au point de l’appareil, que l’on devine complexe. Cet instrument fragile a été développé pour fonctionner en autonomie et sous la neige dans un petit bâtiment à plus de 2 800 mètres d’altitude et à 2,5 kilomètres du cratère principal. L’auteur ne s’étend pas non plus sur le fonctionnement ingénieux de ce capteur, nécessitant des performances techniques extrêmes et de très beaux principes de physique quantique.
Tant pis, le livre fait néanmoins la part belle au côté très humain de la science et de la recherche, aux passions partagées et au talent qui soulève des montagnes. »
