
Volodia Petropavlovsky, Grands reportages n° 490, août 2021 :
« “En Arabie, d’un coup, les rideaux se baissent et taut semble plongé dans le noir.” Pays paradoxal, moderne mais très fermé, l’Arabie saoudite ne se livre pas. Combien de récits peut-on lire sur la vie dans cet État ? Rappel du contexte. Jusqu’en septembre 2019 et l’autorisation des premiers visas de tourisme, la patrie du hadj restait agrippée au rigorisme wahhabite en considérant comme sacrilège l’incursion d’étrangers au sein des frontières. Seuls les musulmans en pèlerinage et les travailleurs étaient admis. Si franchir les portes du royaume était déjà un tour de force, percer l’intimité de ses habitants relevait d’une mission presque impossible. Officiellement sous l’égide d’un tuteur légal (son mari), comme c’est le cas des femmes en Arabie Saoudite, Laetitia Klotz ne travaille pas à son arrivée en 2011. La vie d’expatriée, parquée dans un quartier spécifique interdit aux Saoudiens, est terne. Encore plus lorsque l’on est une femme : abaya de rigueur, accès à de nombreux lieux interdit, séparation systématique selon le genre. Les expatriées sombrent d’ennui dans un Desperate Housewives moyen-oriental. Il faudra tout de même deux ans (!) d’obstination, pour percer un peu de ce monde aux antipodes. Les cours de français sont un levier d’intégration auprès de Saoudiennes, grâce à qui l’on découvre un peu de leur vie, de leur (majoritaire) non-remise en question d’un patriarcat inébranlable, de ce gouffre insondable entre hommes et femmes, de leurs rêves parfois. C’est ici la force de l’ouvrage : lever, par bribes, le voile de ce pays rigoriste. »
Rozenn Jéhanno,Globe-Trotters Magazine n° 198, juillet-août 2021 :
« Après avoir été rapatriés soudainement du Yémen, Lætitia et son mari saisissent l’opportunité d’aller vivre en Arabie avec leurs deux enfants. L’auteur brosse alors un voyage sédentaire, partageant ses impressions sur sa vie dans une des provinces à l’est du pays, dans un camp d’expatriés, prison dorée d’où les Saoudiens sont exclus. L’auteur décrit à merveille les distances ressenties avec cet environnement et les difficultés à trouver sa place au sein d’un royaume où les femmes n’ont pas l’autorisation de conduire. Elle persévère dans son envie de rencontrer les autres et notamment les femmes saoudiennes. Avec patience, au fil des années, Lætitia réussit à nouer des amitiés à l’intérieur et à l’extérieur du camp et nous livre un portrait coloré de l’Arabie. Nous entrons dans l’intimité des foyers, découvrons les rêves de certaines jeunes femmes, discutons avec elles autour de pâtisseries. Cette diversité de récits de vie nous éloigne bien loin de nos préjugés. »