
Le moucheur et la rivière :
« Face au moucheur, la rivière se dévoile en des lacets jusqu’à l’horizon boisé de la vallée. Il se sent bien, assis là sur le bois échoué du vieil arbre. Soulagé de son gilet, de son épuisette et de sa gourde d’eau, il respire amplement. Il saisit sa blague à tabac, en sort du blond qu’il fourre dans le foyer de sa pipe. Il craque une allumette et brûle la pincée. Il s’étire au niveau des épaules et du dos et exhale des nuages de fumée quelque part sur la terre. L’eau coule sous ses pieds. Il se laisse guider par d’autres rythmes que les siens. Il lui semble à présent que la rivière coule en lui. Est-ce la perception de la beauté qui a changé le tempo ? Il ressent une autre temporalité que celle du monde de la ville. Il ressent le temps de la nature. Dans ce temps d’interaction, il éprouve du plaisir. Quel bien-être et quelle harmonie ! Il est en compagnie, en amitié avec ce qui lui est le plus proche, à savoir la gravière, le bois mort, le clapotis de l’eau, les arbres, les oiseaux. Ces derniers l’entourent et viennent le regarder. Inutile de se cacher, il n’est plus un étranger, il est parmi, il est avec?
Massé subtilement qu’il est par les courants, il n’y a plus guère d’étanchéité, ses frontières s’élargissent, certaines disparaissent, il se fond dans la réalité de la rivière. Il ne compte plus en secondes, en minutes, en heures, il ne pense même plus. Il mesure ou plutôt il éprouve en unité de présence la qualité de la relation entre la rivière et lui-même. Dans cette Grande Temporalité, il vit des noces, des épousailles élémentaires. Quelle reconquête du sensible dans cet extraordinaire échange ! Il inspire le dehors et le dehors l’inspire. Ils se respirent. Ils se remplissent de ce qu’ils sont. Tout simplement, il est la rivière et, dans le même temps, la rivière est lui. »
La première canne (p. 20-21)
Un maître de pêche (p. 42-45)
Extrait court
« Face au moucheur, la rivière se dévoile en des lacets jusqu’à l’horizon boisé de la vallée. Il se sent bien, assis là sur le bois échoué du vieil arbre. Soulagé de son gilet, de son épuisette et de sa gourde d’eau, il respire amplement. Il saisit sa blague à tabac, en sort du blond qu’il fourre dans le foyer de sa pipe. Il craque une allumette et brûle la pincée. Il s’étire au niveau des épaules et du dos et exhale des nuages de fumée quelque part sur la terre. L’eau coule sous ses pieds. Il se laisse guider par d’autres rythmes que les siens. Il lui semble à présent que la rivière coule en lui. Est-ce la perception de la beauté qui a changé le tempo ? Il ressent une autre temporalité que celle du monde de la ville. Il ressent le temps de la nature. Dans ce temps d’interaction, il éprouve du plaisir. Quel bien-être et quelle harmonie ! Il est en compagnie, en amitié avec ce qui lui est le plus proche, à savoir la gravière, le bois mort, le clapotis de l’eau, les arbres, les oiseaux. Ces derniers l’entourent et viennent le regarder. Inutile de se cacher, il n’est plus un étranger, il est parmi, il est avec?
Massé subtilement qu’il est par les courants, il n’y a plus guère d’étanchéité, ses frontières s’élargissent, certaines disparaissent, il se fond dans la réalité de la rivière. Il ne compte plus en secondes, en minutes, en heures, il ne pense même plus. Il mesure ou plutôt il éprouve en unité de présence la qualité de la relation entre la rivière et lui-même. Dans cette Grande Temporalité, il vit des noces, des épousailles élémentaires. Quelle reconquête du sensible dans cet extraordinaire échange ! Il inspire le dehors et le dehors l’inspire. Ils se respirent. Ils se remplissent de ce qu’ils sont. Tout simplement, il est la rivière et, dans le même temps, la rivière est lui. »
(p. 66-68)
La première canne (p. 20-21)
Un maître de pêche (p. 42-45)
Extrait court