
Sur les chemins de Compostelle :
« Depuis quelques jours, je m’accroche avec Simon. Il faut forcer l’allure et mon p’tit bonhomme a du mal à se mettre au diapason. Il lambine, marque des pauses à contretemps. Au lieu de se mettre à l’abri de nos sacoches comme le font ses sœurs, il lutte en solo contre les bourrasques. Ses jambes frêles n’ont plus les ressources pour tenir la cadence. Un jour? deux jours? On ralentit mais rien ne change. Simon n’habite plus son corps. Son esprit rêvasse et il laisse inéluctablement la distance se creuser.
Au troisième jour, ma propre fatigue aidant, je craque et le bouscule verbalement pour qu’il réagisse. Rien n’y fait ! Son “petit vélo intérieur” mouline et il reste inaccessible à mes remarques, à mes encouragements ou à mes remontrances. Le plus dur, c’est que lui-même n’arrive pas à maîtriser ce mental fugueur. Cela le rend terriblement triste. Lui derrière et moi devant, nous pleurons de ne pas nous comprendre. Me voilà bien perplexe : comment le sortir de sa torpeur ?
Nous discutons longuement avec lui au phare de Luarca, prenons du repos à la formidable plage “bocal” de Gulpiyuri, admirons, incrédules, les merveilleux Picos de Europa, ces montagnes hautes de 2 500 mètres, posées juste à côté de l’océan. Quand le relief devient enfin moins montagneux et, surtout, quand le vent finit par faire volte-face, mon champion reprend courage. Il redouble d’effort et va chercher en lui des ressources insoupçonnées. Sur ces routes de Saint-Jacques, Simon apprend à lutter contre lui-même, à se dépasser. Il se forge son caractère. L’objectif était encore trop lointain, l’itinéraire trop difficile, la fatigue déjà installée et le rythme trop soutenu pour qu’il trouve du plaisir. Alors, un soir, fatigué, il écrit dans le sable toutes ses frustrations afin que la marée les emporte d’un coup de vague et lui permette de retrouver son allant. Simon, malgré lui, m’offre là une belle leçon de vie. »
L’ami de Saint Exupéry (p. 168-170)
Le charme marocain (p. 118-119)
La marche dans le désert (p. 189-191)
« Depuis quelques jours, je m’accroche avec Simon. Il faut forcer l’allure et mon p’tit bonhomme a du mal à se mettre au diapason. Il lambine, marque des pauses à contretemps. Au lieu de se mettre à l’abri de nos sacoches comme le font ses sœurs, il lutte en solo contre les bourrasques. Ses jambes frêles n’ont plus les ressources pour tenir la cadence. Un jour? deux jours? On ralentit mais rien ne change. Simon n’habite plus son corps. Son esprit rêvasse et il laisse inéluctablement la distance se creuser.
Au troisième jour, ma propre fatigue aidant, je craque et le bouscule verbalement pour qu’il réagisse. Rien n’y fait ! Son “petit vélo intérieur” mouline et il reste inaccessible à mes remarques, à mes encouragements ou à mes remontrances. Le plus dur, c’est que lui-même n’arrive pas à maîtriser ce mental fugueur. Cela le rend terriblement triste. Lui derrière et moi devant, nous pleurons de ne pas nous comprendre. Me voilà bien perplexe : comment le sortir de sa torpeur ?
Nous discutons longuement avec lui au phare de Luarca, prenons du repos à la formidable plage “bocal” de Gulpiyuri, admirons, incrédules, les merveilleux Picos de Europa, ces montagnes hautes de 2 500 mètres, posées juste à côté de l’océan. Quand le relief devient enfin moins montagneux et, surtout, quand le vent finit par faire volte-face, mon champion reprend courage. Il redouble d’effort et va chercher en lui des ressources insoupçonnées. Sur ces routes de Saint-Jacques, Simon apprend à lutter contre lui-même, à se dépasser. Il se forge son caractère. L’objectif était encore trop lointain, l’itinéraire trop difficile, la fatigue déjà installée et le rythme trop soutenu pour qu’il trouve du plaisir. Alors, un soir, fatigué, il écrit dans le sable toutes ses frustrations afin que la marée les emporte d’un coup de vague et lui permette de retrouver son allant. Simon, malgré lui, m’offre là une belle leçon de vie. »
(p. 72-73)
L’ami de Saint Exupéry (p. 168-170)
Le charme marocain (p. 118-119)
La marche dans le désert (p. 189-191)