
Éternel retour :
« Une affaire d’alpiniste, d’amateur de sensations extrêmes, de collectionneur de records ? Vous n’y êtes pas du tout. Une traversée pédestre des Alpes est avant tout une affaire de comptable. Posons le problème : 400 kilomètres et 32 000 mètres de dénivelée positive à parcourir en vingt-trois jours. Cela fait une honnête moyenne de 18 kilomètres et 1 400 mètres de montée par jour, soit huit heures de marche en terrain facile et jusqu’à onze heures en terrain montagneux. Rien d’héroïque, vraiment ! Comme des comptables de garnison, nous nous contentons donc de nous lever aux aurores, d’accorder nos métronomes, d’épargner nos pieds. Besogneux, disciplinés, chaque soir, nous lavons soigneusement nos chaussettes et nos sous-vêtements, en espérant qu’ils sèchent pendant notre sommeil.
Pour réussir cette traversée, il faut accepter sa dimension d’insecte face à la montagne, se contenter de suivre régulièrement une ligne imaginaire où temps et distance se mêlent indifféremment. Une fourmi a-t-elle conscience du temps ? Ne mesure-t-elle pas plutôt sa vie en millimètres et centimètres parcourus, en charges transportées ? Surtout, tempérer son ego ; oublier le petit sommet à l’écart du chemin, refréner sa curiosité et délaisser la petite chapelle à bulbe, le hameau pittoresque, situés à quelques kilomètres de l’axe. Obstinée, persévérante, la fourmi ne se laisse pas distraire, ne dévie jamais de son axe. Elle poursuit son chemin. »
Edelweiss (p. 39-43)
Rhin et Danube (p. 110-115)
Le vieux et l’assassin (p. 238-242)
« Une affaire d’alpiniste, d’amateur de sensations extrêmes, de collectionneur de records ? Vous n’y êtes pas du tout. Une traversée pédestre des Alpes est avant tout une affaire de comptable. Posons le problème : 400 kilomètres et 32 000 mètres de dénivelée positive à parcourir en vingt-trois jours. Cela fait une honnête moyenne de 18 kilomètres et 1 400 mètres de montée par jour, soit huit heures de marche en terrain facile et jusqu’à onze heures en terrain montagneux. Rien d’héroïque, vraiment ! Comme des comptables de garnison, nous nous contentons donc de nous lever aux aurores, d’accorder nos métronomes, d’épargner nos pieds. Besogneux, disciplinés, chaque soir, nous lavons soigneusement nos chaussettes et nos sous-vêtements, en espérant qu’ils sèchent pendant notre sommeil.
Pour réussir cette traversée, il faut accepter sa dimension d’insecte face à la montagne, se contenter de suivre régulièrement une ligne imaginaire où temps et distance se mêlent indifféremment. Une fourmi a-t-elle conscience du temps ? Ne mesure-t-elle pas plutôt sa vie en millimètres et centimètres parcourus, en charges transportées ? Surtout, tempérer son ego ; oublier le petit sommet à l’écart du chemin, refréner sa curiosité et délaisser la petite chapelle à bulbe, le hameau pittoresque, situés à quelques kilomètres de l’axe. Obstinée, persévérante, la fourmi ne se laisse pas distraire, ne dévie jamais de son axe. Elle poursuit son chemin. »
(p. 140-141)
Edelweiss (p. 39-43)
Rhin et Danube (p. 110-115)
Le vieux et l’assassin (p. 238-242)