
Sanlúcar de Barrameda :
« Séville, début septembre 1516
Les sept nefs, les arcs, les voûtes, tout était immense. Trop peut-être : cinq ans plus tôt, et seulement quatre années après la consécration de la cathédrale, l’une des colonnes s’était effondrée sous le poids de la structure, entraînant dans sa chute le dôme lui-même. On avait alors dû déplacer le chœur et les offices dans une autre zone du monument. Richard leva la tête, tentant d’imaginer le trou béant que cela avait dû provoquer. La reconstruction du dôme, en plus léger, semblait en bonne voie d’achèvement, mais on n’avait pas encore remis en place les stalles du chœur.
Trop impressionné par l’ampleur de l’édifice, Richard eut du mal à s’y recueillir. Il sortit dans le jardin attenant où il retrouva son compagnon Lope qui avait décidé, en cette journée ensoleillée, de faire visiter sa ville à son locataire fraîchement débarqué. Autour d’eux poussaient des orangers et des citronniers, des cyprès et des palmiers dattiers. Richard, bouche ouverte et regard en l’air, observait alternativement les arbres de la cour, la façade de la cathédrale et surtout sa haute tour carrée en brique, ouvragée à la mauresque.
— Mais d’où tu sors, toi ? se moqua Lope. Un rien t’étonne, ma parole !
Le jeune homme s’émerveillait de tout ce qu’il voyait. Comme la Normandie était loin !
Sur le pourtour de la cathédrale étaient adossées de grosses marches de pierre, que les Sévillans appelaient les Gradas. Une foule bigarrée s’y pressait. Des commerçants espagnols, des financiers italiens, des hommes d’affaires flamands s’apostrophaient et discutaient, à l’affût des occasions de s’enrichir qui s’offraient toujours plus nombreuses dans cette ville en ébullition, qu’on appelait le port et la porte des Indes. Richard entendit des négociants en pourpoint noir discuter du prix de tonneaux de vin destinés à la Castille d’Or. Plus loin, il passa devant des marchands qui exposaient des femmes et des hommes enchaînés, en vantant la qualité de leurs produits : des Maures de Barbarie, des Guanches des îles Canaries, et surtout des Noirs de Guinée qu’ils s’étaient procurés sur les meilleurs marchés portugais. Richard n’avait jamais vu autant de Noirs de sa vie. Ils portaient des pagnes crasseux et baissaient la tête. Certains étaient marqués au fer rouge, sur les joues, d’un “S” et d’un clou. Gêné, il passa rapidement son chemin mais ne put éviter le regard profond d’une jeune femme aux cheveux crépus. Il eut l’impression qu’elle l’implorait des yeux. »
Le Croisic (Bretagne) (p. 54-56)
Rio de San Julián (Patagonie) (p. 351-353)
Extrait court
« Séville, début septembre 1516
Les sept nefs, les arcs, les voûtes, tout était immense. Trop peut-être : cinq ans plus tôt, et seulement quatre années après la consécration de la cathédrale, l’une des colonnes s’était effondrée sous le poids de la structure, entraînant dans sa chute le dôme lui-même. On avait alors dû déplacer le chœur et les offices dans une autre zone du monument. Richard leva la tête, tentant d’imaginer le trou béant que cela avait dû provoquer. La reconstruction du dôme, en plus léger, semblait en bonne voie d’achèvement, mais on n’avait pas encore remis en place les stalles du chœur.
Trop impressionné par l’ampleur de l’édifice, Richard eut du mal à s’y recueillir. Il sortit dans le jardin attenant où il retrouva son compagnon Lope qui avait décidé, en cette journée ensoleillée, de faire visiter sa ville à son locataire fraîchement débarqué. Autour d’eux poussaient des orangers et des citronniers, des cyprès et des palmiers dattiers. Richard, bouche ouverte et regard en l’air, observait alternativement les arbres de la cour, la façade de la cathédrale et surtout sa haute tour carrée en brique, ouvragée à la mauresque.
— Mais d’où tu sors, toi ? se moqua Lope. Un rien t’étonne, ma parole !
Le jeune homme s’émerveillait de tout ce qu’il voyait. Comme la Normandie était loin !
Sur le pourtour de la cathédrale étaient adossées de grosses marches de pierre, que les Sévillans appelaient les Gradas. Une foule bigarrée s’y pressait. Des commerçants espagnols, des financiers italiens, des hommes d’affaires flamands s’apostrophaient et discutaient, à l’affût des occasions de s’enrichir qui s’offraient toujours plus nombreuses dans cette ville en ébullition, qu’on appelait le port et la porte des Indes. Richard entendit des négociants en pourpoint noir discuter du prix de tonneaux de vin destinés à la Castille d’Or. Plus loin, il passa devant des marchands qui exposaient des femmes et des hommes enchaînés, en vantant la qualité de leurs produits : des Maures de Barbarie, des Guanches des îles Canaries, et surtout des Noirs de Guinée qu’ils s’étaient procurés sur les meilleurs marchés portugais. Richard n’avait jamais vu autant de Noirs de sa vie. Ils portaient des pagnes crasseux et baissaient la tête. Certains étaient marqués au fer rouge, sur les joues, d’un “S” et d’un clou. Gêné, il passa rapidement son chemin mais ne put éviter le regard profond d’une jeune femme aux cheveux crépus. Il eut l’impression qu’elle l’implorait des yeux. »
(p. 221-223)
Le Croisic (Bretagne) (p. 54-56)
Rio de San Julián (Patagonie) (p. 351-353)
Extrait court