
Sanlúcar de Barrameda :
« Bientôt les cinq nefs franchirent l’une derrière l’autre la barre de Sanlúcar, puis on mit le cap au sud-ouest. Comme le vent était bon, on établit toutes les voiles : les pacfis sur le mât de misaine et le grand mât, les huniers au-dessus d’eux, la voile triangulaire du mât d’artimon à l’arrière et la petite civadière à l’avant, sous le beaupré.
Alors que la côte andalouse s’effaçait peu à peu, Stefan se sentit parcouru de sentiments contradictoires. Un peu plus tôt, il avait dit au revoir au pilote de la barre et lui avait demandé de saluer de sa part Pedro Sordo, qui n’était pas de service ce jour-là. Puis le pilote était descendu dans sa barque et avait mis le cap vers la terre. Stefan avait longuement observé l’embarcation, dernier lien avec le monde connu, qui était progressivement devenue un point indistinct.
Peu avant le départ, il s’était rendu rue des Bretons voir Yvon, le marchand de Vitré, pour lui demander d’écrire une lettre à sa mère afin de la prévenir qu’il partait pour un long voyage. Cela gênait Stefan lorsqu’il devait ainsi avouer qu’il ne savait pas écrire – bien qu’une bonne partie des simples marins fût dans son cas –, et il n’avait jusqu’alors jamais essayé de correspondre avec sa famille. Mal à l’aise, il avait dicté au marchand quelques mots simples. Yvon devait remettre le courrier au premier bateau breton qui se rendrait soit au Croisic, mais le cas était rare, soit à Nantes où il serait confié à une connaissance de Stefan, soit à Saint-Malo où il pourrait être pris en charge par des confrères du Vitréen.
Stefan tourna son regard vers le large. Oui, il s’éloignait encore davantage des siens et de sa Bretagne, mais il partait pour une aventure exaltante qui devait le mener au bout du monde. Il avait le sentiment d’être à sa place sur cette nef, en accord avec lui-même, en phase avec son destin. »
Le Croisic (Bretagne) (p. 54-56)
Sanlúcar de Barrameda (p. 221-223)
Rio de San Julián (Patagonie) (p. 351-353)
« Bientôt les cinq nefs franchirent l’une derrière l’autre la barre de Sanlúcar, puis on mit le cap au sud-ouest. Comme le vent était bon, on établit toutes les voiles : les pacfis sur le mât de misaine et le grand mât, les huniers au-dessus d’eux, la voile triangulaire du mât d’artimon à l’arrière et la petite civadière à l’avant, sous le beaupré.
Alors que la côte andalouse s’effaçait peu à peu, Stefan se sentit parcouru de sentiments contradictoires. Un peu plus tôt, il avait dit au revoir au pilote de la barre et lui avait demandé de saluer de sa part Pedro Sordo, qui n’était pas de service ce jour-là. Puis le pilote était descendu dans sa barque et avait mis le cap vers la terre. Stefan avait longuement observé l’embarcation, dernier lien avec le monde connu, qui était progressivement devenue un point indistinct.
Peu avant le départ, il s’était rendu rue des Bretons voir Yvon, le marchand de Vitré, pour lui demander d’écrire une lettre à sa mère afin de la prévenir qu’il partait pour un long voyage. Cela gênait Stefan lorsqu’il devait ainsi avouer qu’il ne savait pas écrire – bien qu’une bonne partie des simples marins fût dans son cas –, et il n’avait jusqu’alors jamais essayé de correspondre avec sa famille. Mal à l’aise, il avait dicté au marchand quelques mots simples. Yvon devait remettre le courrier au premier bateau breton qui se rendrait soit au Croisic, mais le cas était rare, soit à Nantes où il serait confié à une connaissance de Stefan, soit à Saint-Malo où il pourrait être pris en charge par des confrères du Vitréen.
Stefan tourna son regard vers le large. Oui, il s’éloignait encore davantage des siens et de sa Bretagne, mais il partait pour une aventure exaltante qui devait le mener au bout du monde. Il avait le sentiment d’être à sa place sur cette nef, en accord avec lui-même, en phase avec son destin. »
(p. 312-313)
Le Croisic (Bretagne) (p. 54-56)
Sanlúcar de Barrameda (p. 221-223)
Rio de San Julián (Patagonie) (p. 351-353)