
Jack et Anita :
« “Salut ! T’es d’où ? demande un homme blanc en descendant de sa voiture.
— De France, réponds-je en amarrant le canoë au ponton.
— De France?
— Mais je pagaie seulement depuis Ottawa !
— Ottawa, eh ?” répète-t-il en s’imaginant le long parcours.
Je me relève pour serrer la main de mon interlocuteur.
“Jack, dit-il pour se présenter.
— Enchanté, je m’appelle Kim.
— Je t’ai vu passer tout à l’heure.”
D’une soixantaine d’années, de taille moyenne, chaussé de bottes en caoutchouc et coiffé d’une casquette de base-ball, Jack est vêtu d’une chemise à carreaux doublée de laine et d’un solide pantalon en toile dont il se sert pour pêcher. Une petite moustache grise cache sa fine lèvre supérieure. En lui se devinent beaucoup de calme et de mesure.
“Tu dois avoir une petite faim ? reprend-il.
— Ben?”
Il n’est que 16 heures. Mais il n’y a pas une seule heure du jour ou de la nuit où je ne sois en grand appétit.
“C’est moi qui régale, dit-il pour me convaincre.
— Et que fait-on de mes affaires ?
— On va mettre tes sacs dans ma voiture. On viendra chercher le canoë plus tard, quand j’aurai récupéré mon pick-up. Bernie, le mari de ma fille Brenda, me l’a emprunté.
— Ça ne risque rien ?
— Ça devrait aller. Le tout est de revenir avant la nuit.”
Jack me paraît être un homme sérieux : je décide de lui faire confiance. Il vit dans une maison sur 3rd Street. Les rues sont toutes parallèles à la rivière et les avenues perpendiculaires, m’explique-t-il. La localité est ainsi divisée en “blocs”, comme la plupart des villes nord-américaines. Anita, sa femme, est restée à leur cottage en bordure du lac Clearwater, à une trentaine de kilomètres. Aussi, pour ne pas avoir à cuisiner, Jack préfère-t-il m’inviter dans un boui-boui. À son grand dam, je commande une salade composée. Dans un restaurant du Nord où la viande est à l’honneur, cela fait plutôt désordre. Toutefois, je n’ai rien mangé de vert et de frais depuis si longtemps que je ne peux résister à mon envie, même pour faire plaisir à mon hôte. Tandis que nous mangeons, je lui conte mon voyage. Tantôt il sourcille, tantôt il lance : “That one must’ve been tough, eh ?”, tout en se régalant de côtelettes.
“Et maintenant ? demande-t-il lorsque j’ai terminé.
— Eh bien, je n’ai plus qu’à attendre le printemps !
— Hum? ça risque d’être long, répond-il le plus sérieusement du monde. »
L’appel du Grand Nord (p. 19-23)
Les terres giboyeuses (p. 218-219)
Extrait court
« “Salut ! T’es d’où ? demande un homme blanc en descendant de sa voiture.
— De France, réponds-je en amarrant le canoë au ponton.
— De France?
— Mais je pagaie seulement depuis Ottawa !
— Ottawa, eh ?” répète-t-il en s’imaginant le long parcours.
Je me relève pour serrer la main de mon interlocuteur.
“Jack, dit-il pour se présenter.
— Enchanté, je m’appelle Kim.
— Je t’ai vu passer tout à l’heure.”
D’une soixantaine d’années, de taille moyenne, chaussé de bottes en caoutchouc et coiffé d’une casquette de base-ball, Jack est vêtu d’une chemise à carreaux doublée de laine et d’un solide pantalon en toile dont il se sert pour pêcher. Une petite moustache grise cache sa fine lèvre supérieure. En lui se devinent beaucoup de calme et de mesure.
“Tu dois avoir une petite faim ? reprend-il.
— Ben?”
Il n’est que 16 heures. Mais il n’y a pas une seule heure du jour ou de la nuit où je ne sois en grand appétit.
“C’est moi qui régale, dit-il pour me convaincre.
— Et que fait-on de mes affaires ?
— On va mettre tes sacs dans ma voiture. On viendra chercher le canoë plus tard, quand j’aurai récupéré mon pick-up. Bernie, le mari de ma fille Brenda, me l’a emprunté.
— Ça ne risque rien ?
— Ça devrait aller. Le tout est de revenir avant la nuit.”
Jack me paraît être un homme sérieux : je décide de lui faire confiance. Il vit dans une maison sur 3rd Street. Les rues sont toutes parallèles à la rivière et les avenues perpendiculaires, m’explique-t-il. La localité est ainsi divisée en “blocs”, comme la plupart des villes nord-américaines. Anita, sa femme, est restée à leur cottage en bordure du lac Clearwater, à une trentaine de kilomètres. Aussi, pour ne pas avoir à cuisiner, Jack préfère-t-il m’inviter dans un boui-boui. À son grand dam, je commande une salade composée. Dans un restaurant du Nord où la viande est à l’honneur, cela fait plutôt désordre. Toutefois, je n’ai rien mangé de vert et de frais depuis si longtemps que je ne peux résister à mon envie, même pour faire plaisir à mon hôte. Tandis que nous mangeons, je lui conte mon voyage. Tantôt il sourcille, tantôt il lance : “That one must’ve been tough, eh ?”, tout en se régalant de côtelettes.
“Et maintenant ? demande-t-il lorsque j’ai terminé.
— Eh bien, je n’ai plus qu’à attendre le printemps !
— Hum? ça risque d’être long, répond-il le plus sérieusement du monde. »
(p. 157-158)
L’appel du Grand Nord (p. 19-23)
Les terres giboyeuses (p. 218-219)
Extrait court