
Une vision édénique :
« La ligne d’étrave tranche le fil de l’eau paisible en chamboulant des flocons d’écume brune. Des deux côtés, un rideau de bambous masque l’horizon, étroit corridor sous un ciel d’orage. La végétation me paraît plus dense. Soudain, à la naissance d’une courbe légère, j’aperçois deux autres pirogues glissant de concert, montées par des femmes et des hommes à demi dénudés. Surtout cette femme à la proue, aux seins libres, des muscles tout en finesse, un visage éclatant sous un bandeau de perles colorées, à la peau cuivrée et tatouée. Elle pagaie, fière de sa beauté. Les corps sveltes des hommes arc-boutés sous l’effort sont aussi empreints de cette même grâce surprenante, inattendue. Leurs cheveux de jais tombent en cascade sur les dessins longilignes de leurs épaules. Un cache-sexe en écorce, une bande de tissu écarlate ceignant leur taille et leur front, et des rangées de perles aux poignets et au cou. Simplicité et esthétique de l’apparence corporelle révèlent leur profond désir de plaire aux esprits. Photo-génies. Image mémorable de cette femme qui me salue en souriant et que je m’empresse de vouloir numériser. “No photo !” Je n’ose, j’hésite. La distance entre nous devient déjà trop importante. Zoomer n’est pas jouer. À mon regret, cette seconde vision s’estompe en laissant derrière elle une subtile traînée de bonheur. J’entre dans le monde d’avant. Du moins, j’aime à l’imaginer ainsi.
Cette perspective à elle seule me nourrit et me désaltère. Je n’ai aucune autre envie réelle en ce moment que de me laisser emporter corps et âme vers ce que je ressens instinctivement comme le début d’un autre espace-temps. Songes et nécessités du jour sont tous orientés vers cette remontée. Le niveau de la rivière, l’habileté des piroguiers, la fiabilité du moteur, l’orage prévisible, la touffeur de la forêt vierge, ma rencontre avec un peuple inconnu, des hommes premiers? »
L’uma d’Alimoi (p. 39-42)
Offrandes et sacrifices pour la vie (p. 75-78)
Expédition à Simatalu (p. 237-240)
« La ligne d’étrave tranche le fil de l’eau paisible en chamboulant des flocons d’écume brune. Des deux côtés, un rideau de bambous masque l’horizon, étroit corridor sous un ciel d’orage. La végétation me paraît plus dense. Soudain, à la naissance d’une courbe légère, j’aperçois deux autres pirogues glissant de concert, montées par des femmes et des hommes à demi dénudés. Surtout cette femme à la proue, aux seins libres, des muscles tout en finesse, un visage éclatant sous un bandeau de perles colorées, à la peau cuivrée et tatouée. Elle pagaie, fière de sa beauté. Les corps sveltes des hommes arc-boutés sous l’effort sont aussi empreints de cette même grâce surprenante, inattendue. Leurs cheveux de jais tombent en cascade sur les dessins longilignes de leurs épaules. Un cache-sexe en écorce, une bande de tissu écarlate ceignant leur taille et leur front, et des rangées de perles aux poignets et au cou. Simplicité et esthétique de l’apparence corporelle révèlent leur profond désir de plaire aux esprits. Photo-génies. Image mémorable de cette femme qui me salue en souriant et que je m’empresse de vouloir numériser. “No photo !” Je n’ose, j’hésite. La distance entre nous devient déjà trop importante. Zoomer n’est pas jouer. À mon regret, cette seconde vision s’estompe en laissant derrière elle une subtile traînée de bonheur. J’entre dans le monde d’avant. Du moins, j’aime à l’imaginer ainsi.
Cette perspective à elle seule me nourrit et me désaltère. Je n’ai aucune autre envie réelle en ce moment que de me laisser emporter corps et âme vers ce que je ressens instinctivement comme le début d’un autre espace-temps. Songes et nécessités du jour sont tous orientés vers cette remontée. Le niveau de la rivière, l’habileté des piroguiers, la fiabilité du moteur, l’orage prévisible, la touffeur de la forêt vierge, ma rencontre avec un peuple inconnu, des hommes premiers? »
(p. 33-34)
L’uma d’Alimoi (p. 39-42)
Offrandes et sacrifices pour la vie (p. 75-78)
Expédition à Simatalu (p. 237-240)