
Traité de tous les noms d’oiseaux :
« “Comment s’appelle cet oiseau ?”
Cette interrogation va obséder l’ornithologue débutant dès ses premiers pas, rivé à ses jumelles. Il devra d’abord apprendre à décrire l’oiseau en maîtrisant la nomenclature du plumage : la queue devient les rectrices ; la tête se divise en calotte, lores, parotiques, trait malaire ou sourcilier ; sur l’aile se juxtaposent scapulaires, petites, moyennes et grandes couvertures, rémiges primaires, secondaires ou tertiaires. On divise l’oiseau comme les parties du cochon, afin de le ranger plus facilement dans les cases de la taxonomie. Notre jeune observateur s’enfermera alors pour un temps dans l’illusion d’objectivité que lui procure une description systématique de critères, l’analyse d’une photographie ou d’un sonagramme, et finalement la satisfaction de résumer un être vivant par un nom latin. Ce faisant, il perdra l’émerveillement spontané des premières observations, lorsque aucun carcan rationnel ne canalisait ses sens. Conforté par une maîtrise intuitive de cette capacité classificatrice, il tendra ensuite avec l’expérience, comme le musicien virtuose, à revenir à la source première de sa motivation : l’exaltation sensorielle que procure l’oiseau pour l’oiseau. Le difficile exercice du point d’écoute, quelques minutes de concentration absolue pendant lesquelles il faut repérer et identifier chaque oiseau à l’oreille, deviendra après des années de pratique une forme de méditation de pleine conscience : l’observateur accompli réalisera avec rigueur son inventaire scientifique, mais son esprit restera absorbé par la sérénité que procure l’environnement sonore dans sa globalité. »
Un compagnonnnage fécond (p. 21-24)
Façons de voir (p. 55-59)
Communauté de destin (p. 77-80)
« “Comment s’appelle cet oiseau ?”
Cette interrogation va obséder l’ornithologue débutant dès ses premiers pas, rivé à ses jumelles. Il devra d’abord apprendre à décrire l’oiseau en maîtrisant la nomenclature du plumage : la queue devient les rectrices ; la tête se divise en calotte, lores, parotiques, trait malaire ou sourcilier ; sur l’aile se juxtaposent scapulaires, petites, moyennes et grandes couvertures, rémiges primaires, secondaires ou tertiaires. On divise l’oiseau comme les parties du cochon, afin de le ranger plus facilement dans les cases de la taxonomie. Notre jeune observateur s’enfermera alors pour un temps dans l’illusion d’objectivité que lui procure une description systématique de critères, l’analyse d’une photographie ou d’un sonagramme, et finalement la satisfaction de résumer un être vivant par un nom latin. Ce faisant, il perdra l’émerveillement spontané des premières observations, lorsque aucun carcan rationnel ne canalisait ses sens. Conforté par une maîtrise intuitive de cette capacité classificatrice, il tendra ensuite avec l’expérience, comme le musicien virtuose, à revenir à la source première de sa motivation : l’exaltation sensorielle que procure l’oiseau pour l’oiseau. Le difficile exercice du point d’écoute, quelques minutes de concentration absolue pendant lesquelles il faut repérer et identifier chaque oiseau à l’oreille, deviendra après des années de pratique une forme de méditation de pleine conscience : l’observateur accompli réalisera avec rigueur son inventaire scientifique, mais son esprit restera absorbé par la sérénité que procure l’environnement sonore dans sa globalité. »
(p. 35-37)
Un compagnonnnage fécond (p. 21-24)
Façons de voir (p. 55-59)
Communauté de destin (p. 77-80)