
Trois ans de voyage :
« Enfant, j’appareillais dans la barque folle des nuages, les rivières sortaient de leurs tableaux, je dansais avec les arbres et croyais voir une voile blanche dans l’œil des grandes personnes. Toute ma vie ne serait qu’un voyage. Chaque jour imprimerait sa propre lumière sur le papyrus de ma rétine. Chaque jour élargirait mon soupirail et lui apporterait l’horizon en tout lieu. Aujourd’hui, sous la morsure du soleil, un voile achève de se déchirer, l’iode balaie les dernières cendres d’un regard ancien. Après les chemins de halage champenois et les vertigineux coteaux bourguignons, après les vertes pelouses des Pyrénées et la désolation de la meseta, après le chaos de granit de la dehesa salmantine et les hauts parasols de cette pinède littorale grande comme la forêt d’Ermenonville, l’Atlantique étire une ligne d’arrivée qui efface toutes les traces. Le Portugal nous tend à tous les six un cordon de sable long de 1 200 kilomètres. Un matelas de rêve et de vent pour dormir discrètement au pied des dunes, parmi les déchets, bidons, cordages, plastiques que l’océan a refoulés avec une logique irréfutable. Demain, nous retournerons au village, histoire de voir comment l’école portugaise réagit à une greffe d’enfants belges. Ce sera notre troisième ancrage depuis que nous sommes partis de chez nous à pied. »
L’aventure, oui ! Perdre ses repères, non ! (p. 17-20)
Longue promenade contée (p. 23-29)
Une vie de rêve sans guère de temps libre (p. 72-77)
« Enfant, j’appareillais dans la barque folle des nuages, les rivières sortaient de leurs tableaux, je dansais avec les arbres et croyais voir une voile blanche dans l’œil des grandes personnes. Toute ma vie ne serait qu’un voyage. Chaque jour imprimerait sa propre lumière sur le papyrus de ma rétine. Chaque jour élargirait mon soupirail et lui apporterait l’horizon en tout lieu. Aujourd’hui, sous la morsure du soleil, un voile achève de se déchirer, l’iode balaie les dernières cendres d’un regard ancien. Après les chemins de halage champenois et les vertigineux coteaux bourguignons, après les vertes pelouses des Pyrénées et la désolation de la meseta, après le chaos de granit de la dehesa salmantine et les hauts parasols de cette pinède littorale grande comme la forêt d’Ermenonville, l’Atlantique étire une ligne d’arrivée qui efface toutes les traces. Le Portugal nous tend à tous les six un cordon de sable long de 1 200 kilomètres. Un matelas de rêve et de vent pour dormir discrètement au pied des dunes, parmi les déchets, bidons, cordages, plastiques que l’océan a refoulés avec une logique irréfutable. Demain, nous retournerons au village, histoire de voir comment l’école portugaise réagit à une greffe d’enfants belges. Ce sera notre troisième ancrage depuis que nous sommes partis de chez nous à pied. »
(p. 12-13)
L’aventure, oui ! Perdre ses repères, non ! (p. 17-20)
Longue promenade contée (p. 23-29)
Une vie de rêve sans guère de temps libre (p. 72-77)