
Le Souffle de la cornemuse, Petite ritournelle sur les binious, cabrettes et autres musettes
Boris Trouplin
La cornemuse ne laisse pas indifférent, et souvent elle fascine. Quand le hasard nous conduit à la rencontrer, il s’agit le plus souvent du bagpipe écossais ou du biniou, popularisé par le bagad de Lann-Bihoué, mais la réalité est plus chatoyante puisqu’il s’agit d’une famille d’instruments : pluriels, millénaires, indo-européens et aux origines multiples. Défini par une poche-réservoir au son continu, cet aérophone à anches et bourdons décline ses dimensions polyphoniques. Conçu comme alternative à la technique du souffle circulaire, cette ingénieuse incarnation d’éternité à la facture zoomorphe se transforme aujourd’hui encore. Sa lutherie et ses usages vont jusqu’à employer l’électronique et les matériaux de synthèse, mais son principe demeure : souffler dans une outre qui chante sans interruption en se vidant sans cesse. L’expérience organique du jeu au corps-à-corps pourvoit son lot de sensualité tandis qu’une aura sonore imprègne l’alentour, suscite la danse, instille la transe.
Bien des cérémonies, sociales, festives, religieuses, convoquent ainsi l’instrument. Mais les représentations qui abondent dès le Moyen Âge ne dévoilent ni ses sens cachés ni les répertoires joués. Si ces derniers n’ont pas disparu malgré les chambardements du XXe siècle, qui mirent à mal les arts populaires, c’est le fait salvateur des collectages et du regain revivaliste. Un monde nous apparaît alors, riche d’anecdotes croustillantes, de souvenirs de voyage, de savoir-faire artisanaux et de cornemuses emblématiques : musette baroque à la cour, cabrette auvergnate à Paris, uilleann pipe irlandais, sans oublier les grandes incrustées du Bourbonnais, que George Sand promut dans Les Maîtres sonneurs, roman à l’origine d’un festival culte qui émerge avec le renouveau folk des années 1970. Depuis, tous les passionnés se retrouvent à Saint-Chartier : musiciens, luthiers, mélomanes, danseurs, enseignants, collectionneurs? Tous disent la cornemuse sensible et expressive, aussi vulnérable que propice aux explorations sonores. Il est vrai que, jadis soliste, la voilà rassemblée en orchestres au jeu « droit » et standardisé. Duplicité d’approches qui se dévoile dans l’apprentissage où l’autodidacte coexiste avec des cours collectifs et uniformes. La cornemuse a trouvé un second souffle.
