« Hors collection »

  • Sadhus & yogis
  • Gagarine ou le rêve russe de l’espace
  • Dersou Ouzala
  • Il était une fois l’Ouest sauvage
  • Courir l’Himalaya
  • Tamir aux eaux limpides (La)
  • Julien, la communion du berger
  • Lettres aux arbres
  • 100 Vues du Japon (Les)
  • Légende des Pôles (La)
  • 100 Objets du Japon (Les)
  • Chemins de Halage
  • Vivre branchée
  • Solidream
  • Cap-Vert
  • Voyage en Italique
  • Esprit du chemin (L’)
  • Testament des glaces (Le)
  • Un rêve éveillé
  • Pouyak
  • ?uvres autobiographiques
  • Périple de Beauchesne à la Terre de Feu (1698-1701)
Couverture
Départ de Darjeeling :

« Ce n’était pas seulement ces perspectives grisantes et l’adrénaline qui galvanisaient notre optimisme. S’élancer était déjà un exploit : nous avions surmonté nos doutes, nous étions venus à bout des formalités administratives ; en fait, nous étions ravis du culot avec lequel nous avions mené tout ça. Comparée à d’autres expéditions ambitieuses, la nôtre semblait impromptue, montée à vitesse grand V. En prime, nous étions dans les temps. Dès le premier jour, nous cocherions le Kangchenjunga, premier des grands 8 000 sur notre route. Il nous tardait d’y être.
Une fois Dilip sorti, je me tournai vers Ados ; il souriait de toutes ses dents. Je commençai à rire, bientôt sans plus pouvoir m’arrêter. En quelques instants, nous étions pliés en deux.
Blagueurs, bravaches et fiers de l’être ! Impossible d’être plus satisfaits.
À midi, le colonel Khullar, notre hôte et directeur du Mountaineering Institute, nous attendait dans son bureau. Personnage charmant, il fut le premier et l’unique véritable alpiniste de haut niveau à accueillir notre projet avec enthousiasme. Ses encouragements nous touchèrent profondément. En sa compagnie se trouvaient un petit groupe de journalistes et l’unique, le légendaire Tenzing Norgay, reconnaissable entre tous grâce aux photos mémorables de son visage souriant au côté d’Edmund Hillary. C’était il y a trois décennies? À 69 ans, l’homme semblait plus petit et plus âgé que le héros de l’Himalaya que je m’étais imaginé. Il portait un calot et son expression suggérait qu’il nous avait jaugés depuis un moment. Notre apparence en disait long : avec nos chaussures de course et nos sacs miniatures, nous devions ressembler à de jeunes loups arrogants. Rien à voir avec les grands aventuriers qui avaient gravi des sommets avec lui.
Nul doute que sa présence nous rendait un grand service. Au bout de trente ans, son nom impressionnait toujours et rehaussait la moindre coupure de presse. Sa venue nous donnait plus de crédit, et nous lui étions reconnaissants pour cela. Mais lui comme tant d’autres ne croyait pas que nous puissions traverser l’Himalaya en courant, et encore moins en 100 jours. Une fois de plus, nous insistâmes sur le fait que cela serait accompli un jour – sinon par nous, par quelqu’un d’autre.
Malheureusement, nous n’eûmes pas vraiment le temps de parler, tâche au demeurant difficile lorsqu’on vous fait prendre la pose pour des photos. Il nous fallait également boucler les dernières formalités. Nous pûmes demander à Tenzing et au colonel de signer notre journal de bord. L’officier se montra une fois encore prolixe : “18 mars 1983, midi. Honneur exceptionnel pour nous, le hmi, que les audacieux frères Crane débutent leur grand projet ici. Leur souhaitons une course agréable et enrichissante. Que Dieu les bénisse.”
Ados remit au colonel une carte de visite et un maillot de running aux couleurs d’IT pour enrichir la collection de son institut. Mme Bathachaya, de l’office de tourisme de Darjeeling, nous offrit des écharpes ; des photographes prirent les derniers clichés, quelques mots d’adieu furent prononcés, et puis, soudain, ce fut fini. Ne restaient plus que les poignées de main.
Je crois qu’Adrian et moi faisions un peu semblant d’être blasés. Trop facile. Comme si ce genre de marathon colossal n’était qu’un jeu d’enfant. Mais les gens nous acclamaient, nous criaient “Bonne chance ! Bonne chance !”, et tandis qu’ils nous saluaient au loin, je crois avoir éprouvé comme une bouffée de gloire. Quoi que ce fût, je ne me sentais plus vraiment le même, et alors que nous descendions la Tenzing Norgay Road en sortant de Darjeeling, je trottinais avec un étrange surplus d’entrain.
Cette énergie exaltée nous transporta littéralement sur les premiers kilomètres. Je songeai à Michèle, restée à la maison. Nous avions débuté notre course le 18 mars car c’était son anniversaire. Quel meilleur jour aurions-nous pu choisir ? »
(p. 54-57)

La route de l’Annapurna (p. 146-148)
Savoir en finir (p. 275-277)
Extrait court
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