
Vers le plateau :
« Mon agacement enflait. Comme depuis le premier jour de notre voyage, les mots “dépêchez-vous !”, “maintenant !”, “vite !”, “cinq minutes !” ne semblaient véhiculer aucun message ni aucune urgence. Et quoi que Dick pût en dire, il m’aurait fallu plus de cent jours pour me débarrasser de mon costume de cadre occidental impatient ! Nous sirotâmes notre thé et je recommençai :
— Chapati, risquai-je.
— Chha (Il y en a), acquiesça-t-il.
— Chapati, répétai-je en me poignardant la poitrine avec un doigt.
— Hajur, d’accord, sourit-il.
— Chapati, bhok laagchha, essayai-je en népalais, en me frottant le ventre.
— Hajur, lança-t-il, toujours souriant en hochant la tête.
Je me levai, saisis un bol, mélangeai de la farine et de l’eau et retournai près du feu. Message reçu : mon cuisinier prit un grand bol et entama la routine qui, je le savais, aboutirait aux chapatis en une heure. Ce qui se rapprochait le plus d’un en-cas rapide dans la région.
Pendant que la cuisson débutait, j’explorai une pièce adjacente et en revins avec une boule de beurre et une poche de tsampa, juste pour tenir le coup? Vu l’énergie que j’avais déjà investie dans ce repas, j’étais prêt à tenter l’impossible.
— Sucre ? demandai-je. (J’imaginais déjà un chapati chaud et moelleux, dégoulinant de beurre et généreusement saupoudré de sucre.) Un peu. Un peu s’il vous plaît, sucre ? répétai-je sans trop d’espoir.
Subitement, le regard de mon interlocuteur s’anima.
— Chainna (Pas ici), répondit-il en agitant les mains autour de la pièce.
Puis il fit un geste en direction de l’extérieur :
— Chha (Il y en a), dit-il.
Je sortis de l’argent et un ami fut convoqué : on devait m’emmener faire des courses. »
Départ de Darjeeling (p. 54-57)
La route de l’Annapurna (p. 146-148)
Savoir en finir (p. 275-277)
« Mon agacement enflait. Comme depuis le premier jour de notre voyage, les mots “dépêchez-vous !”, “maintenant !”, “vite !”, “cinq minutes !” ne semblaient véhiculer aucun message ni aucune urgence. Et quoi que Dick pût en dire, il m’aurait fallu plus de cent jours pour me débarrasser de mon costume de cadre occidental impatient ! Nous sirotâmes notre thé et je recommençai :
— Chapati, risquai-je.
— Chha (Il y en a), acquiesça-t-il.
— Chapati, répétai-je en me poignardant la poitrine avec un doigt.
— Hajur, d’accord, sourit-il.
— Chapati, bhok laagchha, essayai-je en népalais, en me frottant le ventre.
— Hajur, lança-t-il, toujours souriant en hochant la tête.
Je me levai, saisis un bol, mélangeai de la farine et de l’eau et retournai près du feu. Message reçu : mon cuisinier prit un grand bol et entama la routine qui, je le savais, aboutirait aux chapatis en une heure. Ce qui se rapprochait le plus d’un en-cas rapide dans la région.
Pendant que la cuisson débutait, j’explorai une pièce adjacente et en revins avec une boule de beurre et une poche de tsampa, juste pour tenir le coup? Vu l’énergie que j’avais déjà investie dans ce repas, j’étais prêt à tenter l’impossible.
— Sucre ? demandai-je. (J’imaginais déjà un chapati chaud et moelleux, dégoulinant de beurre et généreusement saupoudré de sucre.) Un peu. Un peu s’il vous plaît, sucre ? répétai-je sans trop d’espoir.
Subitement, le regard de mon interlocuteur s’anima.
— Chainna (Pas ici), répondit-il en agitant les mains autour de la pièce.
Puis il fit un geste en direction de l’extérieur :
— Chha (Il y en a), dit-il.
Je sortis de l’argent et un ami fut convoqué : on devait m’emmener faire des courses. »
(p. 225-226)
Départ de Darjeeling (p. 54-57)
La route de l’Annapurna (p. 146-148)
Savoir en finir (p. 275-277)
