
Institut du monde arabe – Paris (France).
Année 2025
© Raoul Garios
Prologue :
« Le coq du bateau de pêche n’est pas certain de comprendre. Il n’ose pas comprendre. Assiste-t-il à la naissance d’une île ?
Sous ses yeux incrédules, le magma est en effet remonté des profondeurs. Sans explosion fracassante, il a discrètement percé le fond de la mer et fendu l’océan. Bâtissant patiemment une nouvelle citadelle imprenable. La terre est partie à l’assaut de la mer, lui disputant un nouveau territoire. Le combat est terrible. Vague après vague, le noir de la roche émerge toujours un peu plus.
Oui. Une île est en train de naître. Et l’océan n’y peut rien.
Autant que je me souvienne, ce fut ma première rencontre avec un volcan. Par procuration. J’avais 7 ou 8 ans. Tournant les pages d’un livre documentaire dans le secret de ma chambre, je tenais fébrilement la main du coq du bateau de pêche, subjugué par ce spectacle inouï pourtant bien réel. À la lumière de la lampe de chevet, mes yeux voyaient l’immense colonne de fumée jaillir de l’eau. Dans le calme du soir, mes oreilles bourdonnaient au vacarme de ce bouillonnement infernal. Emmitouflé dans l’édredon, je tremblais de la proximité d’une telle force.
Quel spectacle !
La puissance de la Terre exposée au grand jour. Concrète. Palpable.
Je comprenais qu’il existe des événements contre lesquels personne ne peut rien. Je faisais l’expérience d’une force fondamentale de la nature. Avec mes mots d’enfant, je me demandais quel géant peut mettre le feu à l’océan. »
Les Dentelles noires de l’Etna
(p. 16-18, Transboréal, 2026)
