Prologue :
« Je savais bien que je ne pouvais pas aligner une telle distance tout seul. D’une façon ou d’une autre, je devais convaincre mon frère de rester avec moi et prier pour qu’il retrouve des forces. Depuis l’enfance, j’ai toujours été le plus costaud, le plus rapide, et je passais mon temps à défier mes copains ou ma famille à la course. Adrian, c’était l’organisateur, celui qui gagnait à la fin, jamais en trichant, mais souvent en contournant les règles. Finaud, mais à la régulière. Là, nous avions besoin de ses compétences pour être les premiers à traverser l’Himalaya en courant sur toute sa longueur. Dans l’état lamentable où il se trouvait, je n’imaginais pas qu’il allait se relever, encore moins prendre les choses en main, et que ce serait lui qui m’encouragerait bientôt – moi le plus fort, le plus grand – à poursuivre notre aventure de dingues. Je n’imaginais pas non plus que traverser l’Himalaya en courant allait à ce point changer nos vies.
À cet instant précis, je n’azimutais pas plus loin que Katmandou. Même si nous trouvions la force d’aller au-delà, ce qui se passait chez nous pouvait nous contraindre à tout abandonner. Quelle importance ? Il nous restait à peine 3 000 bornes !
»
Courir l’Himalaya
(p. 26-27, Transboréal, 2026)
