Carrés de soie

Jean-Louis Dumas retrace l’histoire des légendaires carrés de soie et exprime l’attachement de la maison Hermès à cette tradition, dont il dévoile la dernière création.


« Vous pouvez, Mesdames, accumuler les carrés Hermès dans vos tiroirs. Ils ne se démodent pas. » Ainsi s’exprimait Robert Dumas, président d’Hermès de 1959 à sa mort, en 1978. Né un crayon à la main, il serait sans doute devenu architecte si la Première Guerre mondiale n’avait interrompu ses études. Appelé en 1928 à seconder son beau-père Émile-Maurice Hermès, il déploya son invention créatrice, tout en restant fidèle à l’esprit de la maison. Un esprit qui défie le temps, alliant les techniques de pointe et le savoir-faire traditionnel. « En définitive, poursuivait Robert Dumas, je pense que cette stabilité dans le style, alors même que la mode est par essence tellement mouvante, n’est pas un défaut. Mais c’est une exception. » Une exception : le terme convient à cette institution prestigieuse dont l’histoire commence en 1837, rue basse du Rempart, dans le quartier animé de la Madeleine. Thierry Hermès y vend ses harnais aux grands carrossiers de l’époque. En 1880, son fils Charles-Émile ouvre boutique sur le faubourg Saint-Honoré et ajoute la sellerie à ses activités. En raison de la disparition des voitures attelées, la maison se tourne vers le voyage et les loisirs, et réalise ses premiers vêtements pour le sport en 1925. Elle produit en 1937 son premier carré, « Le Jeu des omnibus et des dames blanches », qui s’inspire du jeu de l’Oie. Alliant gonflant, brillance et légèreté, il a déjà 90 centimètres de côté et ne pèse que 63 grammes.
En 1978, Jean-Louis Dumas succède à son père à la présidence du Groupe, où il assume notamment le rôle de directeur artistique. Aucun carré ne lui est étranger. Hermès en édite deux collections par an, constituées chacune de six dessins inédits et de six autres réédités dans une nouvelle coloration ainsi que de vingt dessins consacrés par le succès, tels « Les Clés » et « Brides de gala ». À ce jour, plus de mille modèles ont paru. Ils racontent de véritables histoires, puisant leur inspiration dans des registres très divers : une collection de clés anciennes, un harnachement de cheval mongol, une mosaïque à Pompéi… Les flottes de soie sont importées ; la création artistique s’effectue au sein de la maison parisienne ; le tissage, la gravure et l’impression se poursuivent dans le Lyonnais. « Regardez un carré Hermès… Pourquoi cet engouement, ce succès permanent ? Quelle magie, quelle recette connue permettent à une jeune femme, quelle que soit sa silhouette, sa carnation, sa culture, d’être soudain embellie par cette simple présence d’une image Hermès autour de son cou gracieux ? », s’interroge Jean-Louis Dumas. De fait, ces twills de soie servent toutes les audaces et honorent toutes les conventions. On ne les voit plus guère en fichu sur la tête comme aimait les porter Grace Kelly. Aujourd’hui, il se plisse à plat et en mosaïque, se réduit à la taille gavroche, se porte en losange, s’agrandit en châle, se tisse en cachemire, s’allège en mousseline et se parfume de Calèche. Son dernier-né, le twilly, fait grand bruit : un ruban de soie à nouer et à dénouer avec imagination. Mi-objet mi-bijou, le carré est un concentré d’Hermès, qui laisse chacun exprimer sa créativité, avec ses mille et une manières de le nouer et les mille et une histoires qu’il raconte.
Hermès
24, rue du faubourg Saint-Honoré
75008 Paris
tél. 01 40 17 46 00
site www.hermes.com


Portrait rédigé par : Émeric Fisset & Gaële de La Brosse
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