Sylvain Bazin


Málaga – Andalousie (Espagne)
Année 2015
© Frédéric Poirier
Journaliste, ultramarathonien, voyageur à pied et à vélo.

Un aveu :


« Tous les enfants galopent, moi je n’ai jamais arrêté. Au point d’en faire un des moteurs de mon existence. Dès mes balbutiements, dès mon premier championnat, je l’ai senti. J’ai donc débuté la course, en compétition, à un âge où les enfants courent de moins en moins. J’avais 11 ans et nous étions en 1990. Ce n’était pas encore totalement la mode, même si la popularité de la course grandissait déjà. Cela restait un sport sérieux, et les courses de fond intéressaient surtout des hommes mûrs qui s’investissaient beaucoup dans l’entraînement. La suite est plus compliquée mais la course devient ma passion, mon obsession. Je veux la maîtriser. Ma biomécanique n’est pas parfaite, mais, à force de volonté, je deviens un des meilleurs Français sur les longues distances en junior. Courir me construit socialement ; des rencontres, mais également un décalage avec les jeunes de mon âge. Je suis cet être-là, décalé, et qui veut tracer sa voie.
Je n’ai pas de limite en courant. Je vis profondément pour ça. Pour comprendre un geste qui me semble venir de si loin. Je n’ai peur de rien au départ d’une course. En 2002, je termine quinzième des 20 kilomètres de Paris. Je pars avec les Kenyans et ne m’en soucie guère. Je veux être comme eux. Courir est ma nature. Je suis sûr de pouvoir m’améliorer encore, je sens que je ne fais qu’entrevoir le bon geste, celui qui, enfoui dans mes gènes, me fera aller plus vite. Mais les obligations de la vie font que j’ai ensuite moins de temps pour approfondir les choses. J’essaie pourtant ; en formation de conservateur de bibliothèque, mon premier métier, je cours seul, dans Lyon, mais c’est la fin d’une progression. Lors de footings, à 17 kilomètres/heure, j’en ai pleuré.
J’ai ensuite envisagé la course autrement, et les distances toujours plus longues, au contact des éléments, m’ont épanoui, ouvert au monde. Et porté, finalement, sur les chemins ancestraux où les hommes cherchent leur âme et tentent de trouver Dieu. J’y vois une continuité. »


Extrait de :

Les Défis de la course, Petite échappée aux limites de l’endurance et de la volonté
(p. 13-14, 2016)


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