Stéphane Georis


El Calafate – province de Santa Cruz (Argentine)
Année 2010
© Geneviève Cabodi
Artiste de rue et poète souriant.

L’équation du spectacle


« Cent degrés d’idées bouillonnantes, oxygène éclaté au-dessus des toits de la ville + 90° d’angles droits, arrondis à la lime de l’histoire qui use + 0,08° (on y est vite) de folie dans les veines + 37° de fièvre créatrice + 25° d’angles non arrondis, d’accents aigus comme un dard pur + 106° d’angles obtus, comme obsédés et puis têtus pour avoir faim d’y arriver. Enfin, un humour au 2nd degré = un théâtre à 360°. La température extérieure, celle qu’il fait dans la rue ou sur la place est une chose à négliger. Qu’il fasse chaud ou bien pluvieux, le théâtre bouillonne pour exister.
Dans Terre des hommes, Saint-Exupéry écrit : “Puisqu’il suffit, pour nous délivrer, de nous aider à prendre conscience d’un but qui nous relie les uns aux autres, autant le chercher là où il nous unit tous. Le chirurgien qui passe la visite n’écoute pas les plaintes de celui qu’il ausculte : à travers celui-là, c’est l’homme qu’il cherche à guérir. […] De même, le physicien quand il médite ces équations presque divines par lesquelles il saisit à la fois et l’atome et la nébuleuse. Et ainsi jusqu’au simple berger. Car celui-là qui veille modestement quelques moutons sous les étoiles, s’il prend conscience de son rôle, se découvre plus qu’un serviteur. Il est une sentinelle. Et chaque sentinelle est responsable de tout l’empire.”
Je suis donc un petit morceau de l’univers. Et nous avons le devoir d’être amoureux du monde. Je suis, comme vous, l’un des sept milliards d’artisans qui fabriquent jour après jour cette galaxie. Si je meurs dans une seconde, que se passera-t-il ? Entre rien et un chamboulement total. Ce qui m’entoure sera touché directement, pense-t-on, et ce qui est loin ne le sera pas. Et pourtant, chaque geste que j’aurai accompli durant ma vie courte ou longue, chaque regard d’amour ou de haine posé dans le regard d’autrui – Y a-t-il geste plus léger qu’un regard ? Ni le corps ni les pieds, ni même les doigts ne bougent pour ce geste-là ! –, chaque toucher de mes doigts, caresse, poing, tenaille, salut, aura transformé d’une manière ou d’une autre le reste du monde. Si je jette un papier à terre, si je console un enfant, si je décide de construire une maison, je transforme le monde. Quand une femme se maquille, quand un homme court entre les flaques, quand un père frappe son petit, ils marquent à tout jamais ce qui les entoure. »


Extrait de :

Le Triomphe du saltimbanque, Petit essai sur les arts de la rue
(p. 37-39, Transboréal, 2011)


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