Baptiste Roux


Condé-Sainte-Libiaire – Seine-et-Marne (France)
Année 2007
© Aricia Pastaga
Professeur agrégé de lettres modernes, spécialiste de Modiano. Amoureux des trains et du cinéma sous toutes leurs formes.

Prélude :


« La légende familiale raconte qu’à l’âge de 3 ans j’ai échappé à l’attention de ma grand-mère pour aller attendre le train sur un banc de la gare située à 100 mètres de la maison. On dit que la pauvre femme, après avoir constaté ma disparition, m’a cherché pendant plus d’une heure, imaginant le pire, pour finalement retrouver un petit-fils extatique au moment de l’arrivée de la micheline assurant la liaison entre Esbly et Crécy, en Seine-et-Marne (Michel Houellebecq, dans Les Particules élémentaires, décrit avec précision le voyage sur cette ligne au début des années 1970). Ce train était un magnifique autorail de type Picasso, à la cabine de conduite surplombant la voie, à laquelle une volée de marches, interdites au profane, donnait accès. J’ai encore en mémoire l’odeur entêtante de ses sièges en matière synthétique dans l’atmosphère confinée des compartiments jamais aérés aux fenêtres barrées de rideaux jaunes alourdis de poussière. Si je ne conserve guère le souvenir de cet épisode, le ballet des trains au freinage assourdissant – qui, comme chacun sait, appartient au paysage sonore de toute maison voisine d’une gare, et, partant, n’incommode nullement ses riverains –, sur cette voie unique de moins de 10 kilomètres, représente la première émotion ferroviaire d’une longue série. »


Extrait de :

La Poésie du rail, Petite apologie du voyage en train
(p. 11-12, Transboréal, 2008, rééd. 2009)


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